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Élection présidentielle

Fabien Roussel (PCF) : une candidature bouche trou

Le nombre de candidats à gauche se multiplie. Comment Roussel se distingue des autres ? Qu'apporte-t-il de plus au débat ?

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Fabien Roussel à un congrès à Ivry en 2018
Fabien Roussel à un congrès à Ivry en 2018 (Zouhaïr Nakama / Wikipédia)
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Par Marius P.
Lecture 5 min

La dernière candidature du PCF, c’était en 2007. Ce fut une déroute totale, avec à peine 1,9% des voix. La candidate d’alors, Marie-George Buffet, avait même été dépassée — et de loin — par la trotskyste Arlette Laguiller (5,72%). Toutes les élections suivantes ont été aussi médiocres. Aux européennes de 2019, malgré une campagne importante, la liste PCF n’a obtenu que 2,3%, désormais au même rang que les animalistes : ils n’ont même plus de députés européens. Déconfiture aussi pour les municipales : Champigny-sur-Marne, Choisy-le-Roi, Aubervilliers sont passées à droite, Saint-Denis est tombée dans l’escarcelle des socialistes. Pire encore, le PCF a perdu son dernier département, le Val-de-Marne. Aujourd'hui, pour les présidentielles, un récent sondage de Harris Interactive pour Challenges donne à Roussel à peine 3% d’intentions de vote. Qu’importent les mauvais augures, les soutiens de Fabien Roussel se félicitent : « PCF is back ! ». Or, comme le disait déjà Manon Aubry en 2019, si l’objectif, c’est juste de mettre leur logo sur les bulletins de vote, ça ne suffira pas (1).

La remontada est-t-elle possible ?

Roussel fait partie de ces candidats, comme Montebourg, qui croient en leur « Remontada ». Ce dernier a peut-être plus raison que l’autre de croire au miracle : après tout, il a le même parcours que Macron. C'est un renégat du camp socialiste, un ancien ministre d’Hollande. Contrairement au vieux frondeur défenseur du « made in France », Roussel est un inconnu pour l’immense majorité des Français. De plus, leurs discours sont proches sur de nombreux points clés : souverainistes mais pas trop, pour la relocalisation, et une position « plus à droite » sur les questions de sécurité et d’intégration des immigrés.

Roussel se réclame de la « gauche des idées ». Obtenir un bon score ne l'intéresse pas, l’objectif, c’est de profiter de l’occasion pour faire connaître aux Français sa vision et de proposer des idées toutes fraîches. C’est-à-dire remplir le même rôle que les « petits candidats » d’extrême-gauche Philippe Poutou, Nathalie Artaud et Anasse Kazib. Le PCF n’a cependant pas envie de se mêler à ces « gauchistes » qu’il voit comme des agitateurs à la tête de petits groupuscules sans importance qui n’ont pas le sens des réalités. Mais qu’est ce que le PCF a de spécial à proposer aux Français ? Quelle est la vision que Roussel a pour la France ? Un pays « heureux, solidaire et digne », de la « répartition des richesses », où les salariés ont un peu plus leur mot à dire... Des idées fait-maison ? Non : du surgelé social-démocrate.

Le double discours de Roussel

Roussel a été élu en 2018 secrétaire général pour imprimer un mouvement nouveau au sein du vieux parti et notamment par un retour aux « fondamentaux » du PCF, avec des références à Thorez, à Marchais… C’est un discours qui a clairement séduit la base militante du parti, mais on peine à voir comment il pourrait avoir le même effet dans la population générale, hors de la bulle militante. Les anciens se souviennent surtout de la chute du Mur de Berlin et la jeunesse française ne connaît pas le PCF puisque celui-ci s’est effacé derrière ses rivaux depuis maintenant trois décennies.

Le candidat à la présidentielle le sait, et c’est pour cela qu’il s’amuse à faire le Janus aux deux visages. Face au militant il manie savamment les symboles du communisme d’antan, qui séduit à la fois les vieux et les jeunes qui regrettent de ne pas avoir vécu cet âge d’or du « premier parti de France ». Ces derniers, en mal de radicalité, se risquent même à sortir des drapeaux soviétiques pendant les meetings. Leur chef sait les faire fantasmer.

Face à l’électeur, en revanche, qui est tout à fait étranger et indifférent vis-à-vis de ces rodomontades, le discours est plus mielleux, plus sage, plus « sérieux ». Roussel préfère parler de la levée des brevets des vaccins pour éviter d’aborder la question du passe sanitaire, condamne Mélenchon pour avoir osé adresser la parole à Zemmour. Sa cible, ce n’est ni l’électorat de gauche radicale — qui a été choqué, à tort, par la visite aux policiers —, ni les Gilets Jaunes, qui se sont trop confondus avec le mouvement anti-passe : c’est le centre, la plaine, les gens modérés, ceux qui ont une « sensibilité » de gauche, ceux qui n’aiment pas les « extrêmes » parce qu’ils font peur mais qui ne veulent pas voter trop à droite parce qu’il faut quand même penser aux défavorisés. Il faut se montrer radical, mais raisonnable. C’est pour cela que le « communiste » Roussel se reconnaît dans la figure du président démocrate Joe Biden et a même annoncé sur le plateau télévisé de France 2 : « j’ai l’impression qu’il a pris sa carte au parti communiste français ». Avant de se raviser après cette phrase un peu osée, « je ne vais pas aller jusque-là ». En effet, ce serait risquer dans un élan d'honnêteté d'égratigner son vernis de communiste patenté et certifié.

Concrètement, lequel de ces deux visages est le véritable ? Le militant justifie cette attitude en confiant à celui qui veut bien l'entendre que Roussel cache habilement son jeu, pour pouvoir ensuite prendre par surprise tout le monde en faisant un immense 49.3 bolchévique. Ces drôles ignorent-ils qu'ils ne sont que les malheureux pions d’une stratégie politicienne bien calculée qui n’a rien de communiste et tout d’opportuniste ? Lisons ce qu'ils ont à dire.

Le bouche-trou de la gauche

La décision de rejoindre la grande mêlée de 2022 est le fruit d’un long débat ayant abouti à un vote : soit l’union de la gauche, soit la candidature autonome. La seconde option a largement triomphé. Pendant ce débat a été ouverte une plateforme en ligne où des militants, seuls ou en groupe, pouvaient exprimer leur opinion sur la question.

On peut y lire que les partisans de la candidature ont pris acte du caractère structurel de la présidentielle dans la vie politique française mais aussi de la très faible probabilité d’une accession au second tour d’un candidat de gauche, même unie. Participer aux présidentielles, ce n’est donc ni de gagner, ni même d’obtenir un score à deux chiffres. Un poids électoral négligeable à l’échelle du pays pèse beaucoup plus dans la balance quand il s’agit d’élections sur circonscriptions : pour le PCF du Var, c’est un coup de pression bien utile pour des accords avantageux avec les autres partis de gauche lors des premier et second tour des législatives. Pour la section Paris 13ème, « parlons d’abord législatives. Et déduisons-en les présidentielles ». Voyez comment la logique de l’opportuniste de gauche est à rebours de celle des électeurs ?

Puisqu’au fond, la présidentielle n’est pas importante, la candidature de Roussel peut être rétractable, éjectable ou simplement une candidature de témoignage, comme le dit si bien Catherine Mills, une militante parisienne. Celle-ci s’oppose à raison au fait que le PCF négocie avec les autres formations de gauche pendant la présidentielle : la présidentielle n’est que le « sous-produit des compromis pour les législatives ». Et c’est précisément ce qu’entend faire Roussel. Il le dit lui-même, il a déposé une « candidature d’addition » : « je ne veux pas enlever d’électeurs aux autres candidats. Je vais aller en convaincre des nouveaux. En faisant cela, je renforce la gauche » affirme-t-il à un journaliste de Corse Matin. En clair, il profite du vide à gauche causé par la déréliction de la concurrence pour gratter quelques votes. Ce sont les élections locales qui permettent aux petits partis de caser les leurs et d’établir de petits potentats ça et là où l’on peut ensuite distribuer des prébendes aux fidèles. Pour pouvoir décrocher ces sièges, il faut jouer des coudes ou faire des alliances. Pourquoi le PCF s’allie avec le PS, EELV ou LFI à tel ou tel endroit ? Ce n’est pas une question d’idées — en ont-ils encore ? — mais de mesquines tactiques. Ces luttes sont parfaitement étrangères au Français moyen qui n’a aucune raison de s’intéresser à de bien vaines querelles.

La candidature de Fabien Roussel est comme ces produits contrefaits qu’on achète par erreur au marché aux puces. Vous croyez voter pour un communiste ? Non, vous votez pour « l'humain d'abord ». Vous croyez voter pour un homme raisonnable de centre-gauche ? Regardez sous la couture, il y a deux ou trois staliniens qui se cachent. Vous pensez voter pour un républicain, un jacobin, attaché à la souveraineté de la Nation ? C’est que vous n’avez pas vu la pastille UE sur le coin de l’emballage. Il est l'un de ces fruits sans saveur, ni bon ni mauvais, juste passable. On ne regrettera pas d’avoir voté pour lui mais il sera bien vite oublié.

(1) Interview de Manon Aubry (FI) à France Inter, « Grand entretien » de 8h20, 16 mai 2019
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