picto facebook institut homme total picto youtube affranchi IHT picto twitter institut homme total picto instagram institut homme total picto discord institut homme total
Accueil  ⟩   Théorie  ⟩   Philosophie
Médecine

Les paradigmes capitalistes de la médecine

La crise sanitaire cache la crise du capitalisme mais aussi une crise générale de la médecine. L'une et l'autre s'engendrent réciproquement. Ce dossier vous explique pourquoi.

Partager
Montage lobby pharmaceutique et pseudo science
Montage lobby pharmaceutique et pseudo science (Affranchi / Affranchi)
×
Par Aurélien Bähler
Lecture 20 min

Cet article fait partie d'un dossier complet sur la médecine. Les arguments qui y sont développés s'inscrivent donc dans une totalité. CF : le sommaire.

Sommaire :
  1. Les paradigmes capitalistes de la médecine

  2. La crise du COVID-19 comme symptôme de la maladie capitaliste

  3. Qu'est-ce que le vivant ? Un bref horizon des réponses philosophiques et scientifiques

  4. Qu'est-ce que la santé ? De l'anormalité et l'anomalité

  5. Qu’est-ce que la médecine ? La leçon d'Hippocrate

  6. Approches et controverses : L'opposition médecine conventionnelle/non-conventionnelle ou allopathique/holistique

  7. La médecine prise en otage : Entre scientisme et pseudo-science

  8. Des lobbys corrompus aux charlatans de province : Conséquences et dérives de la médecine bourgeoise

  9. Darwin complotiste ? Le néo-kantisme contre Darwin

  10. Refondation thérapeutique : Propositions pour une pratique communiste de la santé

Hygie déesse de la santéHygie déesse de la santé (Pierre Paul Rubens / Wikipédia)

Avant-propos :

Le document que vous vous apprêtez à lire est un dossier philosophique sur la médecine et ses problèmes.

Il a été originellement pensé comme un livret introductif aux problématiques philosophiques, politiques et économiques de la médecine, adressé à des militants, dans le cadre de l'écriture d'un programme pédagogique pour 2022 au sein de l'Institut Homme Total (IHT) ; programme sur lequel nous n'allons pas revenir ici en détail : l'IHT communiquera dessus lorsqu'il sera finalisé.

La commission programmatique chargée de réfléchir à ces questions - mais aussi celles liées à l'alimentation et l'agriculture - était composée de profils divers, comme un(e) ou des étudiant(e)s en pharmacie, en herboristerie et en philosophie, mais aussi un ou des ouvriers, des agriculteurs et des maraichers. Nous aimerions ici les saluer encore une fois pour le travail effectué durant l'année 2021.

Vous l'aurez constaté, cette commission ne comporte - ou en tout cas ne comportait à l'heure de la rédaction du dossier - aucun professionnel de santé. Nous n'avons par conséquent - si cela était nécessaire de le préciser - aucun conflit d’intérêt à déclarer.

Nous aimerions rajouter à cela que ni l'Affranchi, ni l'IHT, n'ont jamais proposé ou vendu en leur nom - et ne le feront jamais -, de conseils médicaux, de formation relative à la santé, de matériel ou de comestibles sous n'importe quelle forme.

Ajoutons à cela que l'ensemble de la rédaction de l'Affranchi vous conjure de faire extrêmement attention à tout ce que vous pouvez lire sur internet à propos de la médecine et de la santé en général. Veillez à tout le temps vérifier les sources qui vont sont proposées, et à faire preuve d'esprit critique. Les charlatans vendeurs de remèdes miracles et de pseudo-sciences sont légion, et c'est un problème extrêmement grave qui met la vie de milliers de personnes fragiles en danger.

Ce dossier ne prétend à aucun moment se substituer à un médecin ou à prodiguer des conseils pour vous soigner de quoi que ce soit. Les propositions qui peuvent y être formulées le sont à titre d'hypothèses de travail que nous soumettons à la critique bienveillante des travailleurs de la santé, qui sont les seules personnes à pouvoir se prononcer en dernière instance sur leur pratique - ce que nous ne manquerons pas de rappeler tout au long de notre étude.

L'objet de notre travail est donc philosophique, pas scientifique. C'est à dire qu'il ne vise non pas à décrire des phénomènes observables en les soumettant à un protocole expérimental, mais à interroger, à partir des méthodes propres à la philosophie, les théories, les représentations et les conceptions des différents acteurs de la société sur la médecine. Il s’intéresse plus à la question : « qu'appelles-tu médecines ? » qu'à la pratique concrète de la médecine (par exemple : comment soigner une bronchite ? etc.).

Dans une perspective matérialiste, dialectique et historique (marxiste), visant à rendre une totalité historique, il ne traite pas de la médecine comme objet isolé, mais comme phénomène historique inscrit dans une histoire complexe et conflictuelle, toujours en processus. Il essaye de saisir la médecine par l'ensemble de ses déterminations, philosophiques, historiques, scientifiques et pratiques. Ainsi, il se permet, lorsqu'il est nécessaire, d'élargir son questionnement à des concepts plus englobants, comme celui du vivant.

Forcément incomplet du fait de son origine (document produit pour un travail interne, à visée non exhaustive), nous pensons tout de même qu'il peut amener de nombreuses réponses et des pistes de réflexions pour aider le camp progressiste et souverainiste à penser la période de crise sanitaire que nous venons de traverser. Nous espérons également lever de nombreuses calomnies circulant à l'encontre de l'IHT.

De nombreuses parties ont été revues afin de faciliter la compréhension du plus grand nombre, car nous sommes persuadés que les travailleurs de toutes les nations doivent se saisir des enjeux qui sont présentés ici. Comme vous le verrez pendant votre lecture, il n'est pas anodin que l'ultime crise du capitalisme ait lieu en même temps qu'une crise sanitaire et médicale. Les deux sont intrinsèquement liées, et les contradictions qu'elles posent appellent à une transformation radicale de nos sociétés mondialisées.

Nous vous proposons, en guise de synthèse pour les plus pressés, et d’amuse-bouche pour les plus curieux, la conclusion générale de notre étude. Le sommaire cliquable est répliqué à chaque article pour vous donner une vue d'ensemble du dossier, et un lien vers l'article suivant se trouve en bas de chaque partie.

Bonne lecture.

Portrait du docteur Gachet avec branche de digitalePortrait du docteur Gachet avec branche de digitale (Vincent van Gogh / Wikipédia)

Conclusion générale :

(en guise de synthèse)

Nous avons, à travers cette étude - qui ne prétend pas être plus qu’une introduction et une proposition générale, à titre d'hypothèse, pour des recherches ultérieures - passé en revue les différents problèmes que posent la philosophie du vivant et de la médecine, et démontré comment le capitalisme engendre les contradictions idéologiques au sein des différentes conceptions en vigueur actuellement.

Tout d’abord, nous nous sommes employés à définir les deux principales conceptions philosophiques du vivant que sont le mécanisme, qui explique le vivant à la manière d’une machine, et le finalisme, pour qui on ne peut comprendre le vivant qu’en étudiant les fins que poursuivent nos organes, et qui postule la présence d’une force vitale comme motrice du vivant.

Ces deux positions semblaient contradictoires, car la première semblait être la seule à répondre aux exigences des sciences tout en étant incapable de comprendre le vivant en profondeur, et, à l’inverse, la seconde semblait anti-scientifique, du fait qu’elle prête au vivant des intentions tout en formulant une théorie efficiente du vivant.

Grâce à Kant, nous avons dépassé cette contradiction, en montrant que nous devions faire appel au mécanisme pour expliquer le vivant - car c’est bel et bien comme ça qu’il fonctionne - mais que le finalisme était une nécessité cognitive pour la raison afin de comprendre le vivant.

Cependant, nous avons vu que nous pouvions aller encore plus loin avec Darwin en posant une téléologie non causale du vivant, c’est-à-dire une finalité qui s’auto-engendrerait dans sa propre immanence.

À partir de la synthèse de ce problème et d’une description des facultés du vivant au regard de la science contemporaine, nous avons défini le vivant comme suit : « le vivant est un équilibre entre la faculté de l’organisme à maintenir des constantes physiologiques (homéostasie) subissant un ensemble de réactions de synthèse et de dégradation chimique (métabolisme). »

Ensuite, nous avons étudié la question de la santé et de sa définition, en partant du postulat qu’elle était l’objet de la médecine, pour mieux saisir cette dernière au moment de l’étudier. Nous l’avons définie en rapport avec la maladie, sans laquelle la notion de santé n’aurait pas de sens. Nous avons souligné la dimension privative de la maladie vis-à-vis de la liberté et ébauché une proposition de la santé assimilée à la liberté.

Mais nous avons également souligné le caractère normatif et relatif de la maladie et de la santé, en montrant qu’un handicapé peut être considéré comme malade vis-à-vis d’une personne « normale », et en bonne santé par rapport à lui-même.

Pour éviter l’écueil du relativisme, nous avons fait appel à la science, et défini, à la suite de Canguilhem, la santé comme : « un état d’équilibre entre les facultés du vivant et du psychisme, ne suscitant pas d’incapacités particulières à partir des limites d’un terrain personnel, et en rapport avec une norme théorique fondée sur la moyenne des mesures obtenues par la science. »

Après cela, nous sommes rentrés au cœur du sujet en proposant une définition de la médecine en général, sans opérer de distinction entre ses différentes approches. Pour ce faire, nous sommes remontés à son origine et à la formulation de ses principes par Hippocrate, qui ont mis en évidence l’aspect éminemment empirique et pratique de la médecine.

Nous l’avons comparé à la médecine moderne, qui a ajouté à cette pratique la recherche scientifique et théorique. Nous avons alors proposé de définir la médecine comme : « une pratique ayant pour but la santé, opérant un détour par les sciences du vivant et du psychisme. »

Par la suite, nous avons étudié les deux conceptions contradictoires majoritaires en médecine aujourd’hui, que nous avons appelé médecine conventionnelle, ou médecine allopathique, et médecine non-conventionnelle, ou médecine holistique.

Nous reproduisons ici la synthèse faite plus haut de notre étude : « en résumé, la médecine conventionnelle (allopathique) et la médecine non-conventionnelle (holistique) se distinguent toutes deux par leur approche. La médecine conventionnelle s’appuie sur la méthode de la randomisation en double aveugle pour administrer à ses patients des médicaments démontrés efficaces pour les traiter. La médecine holistique, de son côté, est un ensemble de contre-médecines diverses qui posent la première comme dualiste, c’est-à-dire comme séparant l’esprit de la matière chez l’individu, ce qui aurait pour conséquence de considérer le patient uniquement comme malade à soigner. En s’opposant à cette vision, la médecine holistique se pose à l’inverse comme un monisme unifiant l’esprit au corps et considère le patient comme un individu existant, et non comme simple organicité portant une pathologie qu'il s'agirait de supprimer à l'aide d'un traitement médicamenteux. Cela est dû à sa dimension empirique-pratique ne reconnaissant pas la randomisation en double aveugle comme nécessité. Par des pratiques thérapeutiques comme la naturopathie - que nous avons, par la suite, critiquée -, qui postulent l’agissement d’une force vitale à l’œuvre dans l’organisme, la médecine holistique tend à proposer un modèle de santé mettant la priorité sur la notion d’hygiène visant à rééquilibrer cette dite force qui s’exprime dans les diverses manifestations du vivant. »

Dans une démarche critique, nous avons examiné les limites de ces deux approches. Nous avons mis en évidence la dérive naturaliste de la médecine holistique et sa porosité aux discours anti-scientifiques. Nous avons démontré qu’il n’existait pas de remèdes « naturels », et que le postulat d’une force vitale à l’œuvre dans le vivant n’était pas nécessaire, en plus de servir de légitimation à des discours délétères.

Nous avons ensuite critiqué sa propre critique de la médecine conventionnelle (allopathique), que nous avons entre temps renommée positiviste par souci de précision. Il a été démontré que la médecine positiviste était elle aussi moniste, mais que ce monisme était réductionniste. En effet, il est apparu que la médecine positiviste s’en prenait aux seuls symptômes, à cause de sa réduction aux faits physico-chimiques isolés.

Mais nous sommes allés plus loin encore en démontrant que les deux médecines, positiviste et holistique, réintroduisaient un dualisme vis-à-vis de la question sociale. Ainsi, nous avons démontré que ces deux médecines étaient des idéologies historiquement déterminées servant les intérêts d’une classe sociale par, d’un côté, la réduction de la médecine à un modèle conçu pour vendre des marchandises (le médicament), et de l’autre, ouvrir les marchés d’une pratique d’élite en vendant un mode de vie individuel onéreux (naturopathie).

Nous avons conclu notre critique de ces deux médecines en soulignant leur ancrage dans le débat épistémologique sur le vivant entre mécanisme et vitalisme. Nous avons démontré que le positivisme s’en tenait à un néo-kantisme n’accédant même pas à la sphère de la raison pour comprendre la finalité dans le vivant, ne serait-ce qu’en tant que catégorie préalable à l’activité théorique. Néo-kantisme rendant aveugle le positivisme à la téléologie non causale proposée par Darwin, dont il limite la théorie à un phénomène purement descriptif, et donc non théorique.

Nous avons également démontré que la médecine holistique vitaliste n’arrivait même pas à ce néo-kantisme, confinée dans son empirisme traditionaliste et inconscient, qui a cependant eu le mérite d'avoir eu l’intuition d'une critique théorique opérante du positivisme.

Enfin, nous avons proposé une refondation épistémologique communiste de la médecine, dont les principes sont :

Nous voulons ici encore une fois insister sur le fait que cela n’est qu’une proposition philosophique que nous soumettons au débat et à l’analyse des spécialistes et des travailleurs de la santé. Il n’y a donc rien dans ce travail de définitif. Au contraire, il existe précisément pour être discuté et dépassé.

En définitive, la tâche qui incombe aux communistes en matière de santé publique peut sembler immense, mais elle n’est pas impossible. La gestion de l’épidémie de COVID-19 dans les pays socialistes s’est montrée exemplaire, à commencer par la Chine qui, malgré une guerre économique acharnée, une campagne de diffamation internationale, et la menace d’un conflit armé pesant contre elle, a su maîtriser le virus et réellement passer au « monde d’après » en sortant plus de 800 millions de personne de la pauvreté.

Nous écrivions dans notre communiqué du 2 mars 2020, lors de la grève contre la réforme des retraites, que : « l’épidémie de coronavirus, si elle est bien réelle, ne doit pas pour autant éclipser la crise politique et sociale que nous traversons. En grec ancien, « krisis (crise) » signifie le moment où nous devons faire un choix. Quel que soit le choix de la classe ouvrière, le mois de mars 2020 s’annonce déjà comme l’un des moments historiques les plus importants du XXIè siècle au regard du danger contre-révolutionnaire que représente la réforme des retraites et l’utilisation du 49.3. »

Nous réaffirmons ici ces propos. Plus que jamais, la nécessité d’une planification de la production et de la gestion du pays se fait sentir. Et nous aimerions rappeler, avec Hölderlin, que « là où le péril croît, croît aussi ce qui sauve », et que, par conséquent, la situation est plus que jamais propice à la reconstruction et la poursuite de notre héritage communiste, et qu’en dépit des heures ténébreuses qui s’annoncent, les communistes doivent servir d’avant-garde pour le prolétariat.

Et c’est seulement par la philosophie, dont nous avons démontré la proximité avec la médecine, que nous pourrons accomplir ce devoir, qui apparaît aujourd’hui, plus que jamais, comme manifeste aux yeux de tous.

Article suivant : La crise du COVID-19 comme symptôme de la maladie capitaliste

Montage Crise du Covid et Macron au Forum économique mondialMontage Crise du Covid et Macron au Forum économique mondial (Vperemen et Foundations World / Wikipédia)


Sources images :

jarmoluk : medications-257341960720

Bru-nO : homéopathie

Partager
À la Une
Gabin Baker et Belmondo forment le drapeau français

Le pillage mémoriel d’Éric Zemmour et Emmanuel Macron

Bernard Friot et Frédéric Lordon - Conversations sur le communisme

Conversations sur le communisme, Friot et Lordon : deux visions irréconciliables

Qui sommes-nous ?
L'Affranchi IHT est le média de
l'Institut Homme Total
En savoir plus
Soutiens-nous
Finance ton média
affranchi de l'idéologie dominante
Faire un don
picto facebook institut homme total picto youtube affranchi IHT picto twitter institut homme total picto instagram institut homme total picto discord institut homme total
cours et formations institut homme total formations politiques et cours de philosophie marxiste loic chaigneau
Forme-toi
Pour transformer ta compréhension
de l'information
Institut
Rejoins-nous
Adhère à l'Institut Homme Total
à partir de 10€ par an
Adhérer
Philosophie
Montage enracinement

Du déracinement des identitaires au ré-enracinement des communistes

Panthéon - Convention nationale

L'État selon Michel Clouscard

Plus d'articles
LES PLUS LUS
bibliographie conseils de lecture institut homme total bibliothèque Voir la bibliothèque livres librairie institut homme total bibliothèque Acheter les livres Marx FM Podcast marxiste marx communisme institut homme total Écouter Marx FM
picto formation diplome picto vidéos picto i picto theorie picto actualites