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Métapolitique

Papacito et Rochedy : des réactionnaires gramsciens ?

Suite à la sortie d’un livre de Papacito et Julien Rochedy, nous proposons de montrer en quoi ce phénomène est important, en ce qu’il témoigne d’une convergence des forces de droite, conscientes de leur rôle métapolitique, qui prônent une vision du monde que nous combattons en tant que communistes.

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Miniature de la vidéo Menace sur les gauchistes
Miniature de la vidéo Menace sur les gauchistes (Papacito et Rochedy / Youtube)
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Par Gracchus
Lecture 15 min

Dans une vidéo qui cumule d'ores et déjà les vues sur YouTube (1), Ugo Jil Jimenez, dit « Papacito », et Julien Rochedy, autoproclamé intellectuel nietzschéen et ancien président du Front National de la jeunesse, annoncent leur nouveau livre écrit en collaboration : « Veni, Vidi, Vici. Menace sur les gauchistes ».

Il est légitime de s’interroger sur la nécessité, pour nous communistes, de prendre en considération des personnages dont on connaît la médiocrité intellectuelle (2) et qui ne semblent pas nous concerner en premier lieu (3). Nous estimons néanmoins que le sujet mérite tout de même notre attention puisque :
1) il témoigne d'une certaine convergence « théorique » et politique de la sphère Youtube de droite, dont l'audience n'est pas négligeable ;
2) que cette sphère promeut un ensemble de thèmes, une « vision du monde » qui dépasse le simple « clash » des gauchistes et que, derrière ce terme, ce sont l'ensemble des forces progressistes qui sont visées ;
3) que les auteurs sont pleinement conscients de leur rôle métapolitique et de leur influence sur la jeunesse, que cette étape prépare donc le terrain pour les prochains stades du libéralisme-autoritaire.

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Adoptant la posture classique de la droite réactionnaire, Papacito et Rochedy se positionnent en opposition face aux « médias dominants », quand bien même le premier passe régulièrement sur la chaîne Youtube VA+ et cumule plusieurs millions de vues sur certaines vidéos, tandis que le second a été impliqué dans la vie politique au sein d'un parti national et dispose également de nombreux relais en ligne.

Selon les deux auteurs, l'initiative émane de la volonté de se défendre face aux accusations qui ont suivi une vidéo polémique dans laquelle Papacito exécute un « mannequin gauchiste » (4). Il s'agit pour eux de présenter une « redéfinition de ce qu'on est », dans la forme d'un ouvrage en trois parties : « Veni » concernant les origines des auteurs, « Vidi » leur constat sur la société et « Vici » les solutions, le dénouement.

Il s'agit donc visiblement d'une transition des ouvrages plus ouvertement humoristiques, mais déjà tendancieux, de Papacito, vers un ouvrage visant à exposer de façon plus détaillée l'idéologie réactionnaire que nos deux auteurs se proposent d'infuser dans leur lectorat.

De leur propre aveu, là où Papacito continue d'alimenter le côté « humoristique » de leur production culturelle, Rochedy se charge d'apporter les « démonstrations théoriques ». Ainsi le frivole, longtemps revendiqué par Papacito, se présente de plus en plus comme étant en même temps sérieux, c'est-à-dire politique.

Il importe de saisir en quoi ce phénomène concerne également les militants communistes ou simplement humanistes progressistes, puisque nous nous démarquons également de ce que Papacito et Rochedy nomment les « gauchistes ». En effet, si nous sommes les premiers à dénoncer l'imposture de l'idéologie intersectionnelle et post-moderne (5), Papacito et Rochedy, ainsi que la sphère YouTube qui gravite autour de ces personnages, entretiennent la confusion en mettant sur le même plan les « gauchistes » et les militants réellement progressistes et leur histoire.

Ainsi, Rochedy n'hésite pas à affirmer que « le gauchisme est le cancer de l'Occident, de la France, de l'Europe depuis déjà des siècles. Ça remonte aux Lumières, à l'universalisme. Aujourd'hui, on a une décrépitude du gauchisme qui le rend encore plus nauséabond. »

Rochedy opère une inversion idéologique. En effet, si les forces progressistes du XIXè et du XXè siècle se sont toujours considérées comme les héritiers de l'universalisme et des Lumières, c'est justement ce même universalisme et ces mêmes Lumières que combattent les « gauchistes » post-modernes (6). Bien que Rochedy soit incapable de saisir le « gauchisme » comme une émanation idéologique de certaines couches sociales à un certain stade du capitalisme (le néo-capitalisme, qui produit l'idéologie libérale-libertaire), il admet néanmoins que les élites utilisent le gauchisme comme moyen pour arriver à certaines fins.

Seulement, au lieu d'expliquer le gauchisme par une analyse objective, en dévoilant ses soubassements sociologiques et son rôle idéologique dans notre mode de production, Rochedy se livre à une réduction psychologique. Le gauchisme est avant tout une mentalité, un penchant naturel de l'homme, qui serait à combattre. Ainsi, Rochedy nous explique que « on a tous une part de gauchiste en nous ». Ce gauchisme nous pousse au nihilisme, à la paresse, à la médiocrité et à l'égalitarisme, auxquels s'oppose la volonté de rechercher « le vrai, le beau, le bien » (7). Pour nos auteurs, derrière « gauchisme », il ne faut pas entendre un groupe social défini ayant une idéologie particulière, mais tous ceux qui aspirent à une forme d'égalité ou ceux qui sont associés communément à la paresse ou à la faiblesse. Le livre serait également susceptible d'établir un diagnostic pour identifier le gauchisme, une sorte de test « pc-vert » (selon le jeu de mots de Rochedy) pour démasquer les écologistes, ou les communistes... Ironie de l'histoire, nos deux « identitaires » français ne cachent pas l'influence qu'a eu sur eux le soft-power américain, notamment à travers la figure de Rambo, le mitrailleur de soviétiques...

Outre le fait que les positions de nos auteurs amalgament — volontairement ou non — la « gauche post-moderne » avec les militants communistes, progressistes, humanistes (Rochedy place par ailleurs Sartre et Derrida dans le même panier), il est urgent de comprendre que leur « critique » du « gauchisme » est indissociable d'une vision du monde réactionnaire, fascisante. Ainsi, la « vision du monde » proposée au — souvent jeune — lectorat de Papacito et Rochedy, contient tous les éléments types du discours réactionnaire fascisant.

Tout d’abord, une apologie de la violence, ou du moins l'affirmation de son caractère nécessaire et régulateur. De fait, selon Papacito, « les civilisations se font, se maintiennent par la violence ». En témoigne également l'admiration qu'il admet avoir eue pour son grand-père, bien que celui-ci ait combattu du côté des républicains dans la guerre d'Espagne. Le simple fait qu'il ait combattu — peu importe la cause que Papacito, prétendument royaliste, ne partage pas — en fait quelqu'un de respectable. Il admire ainsi dans son grand-père un « fasciste de gauche ».

On retrouve également le culte du corps, et l'importance de l'engagement du corporel. Pour Papacito, le corps doit être « enraciné ». N'est pas non plus absente l'idéalisation du Moyen-Âge et l'éloge des « valeurs médiévales » : ainsi, le Moyen-Âge nous rattacherait « au concret » et son retour, imminent selon nos auteurs, ramènerait également la « loi du plus fort ».

N'étant pas à une contradiction près, Rochedy en profite pour intégrer Napoléon, qui devient au passage une légitimation de l'idole libérale du self-made man dans leur récit, comme dernier soubresaut du valeureux « sang » de nos ancêtres. Il s'agit pourtant de la figure ayant sauvé la république face à la coalition monarchiste, et dont les forces progressistes peuvent justement assumer l'héritage (8).

→ À lire aussi : Napoléon Révolutionnaire, du point vue de l'Histoire universelle

Mais c'est là certainement un point de détail de l'Histoire. Ce qui compte, c'est contrer la « dégénérescence » du français moyen, et pour cela il faut abattre « l'ennemi intérieur » : le gauchisme. (sic)

Au-delà des apparences - que l'on songe au physique de maquereau italo-américain de Papacito ou la dégaine de Doctor Estaminetus Crapulosus Pédantissimus de Rochedy (9) -, il faut prendre au sérieux le rôle qu'ils jouent dans la construction d'une hégémonie culturelle réactionnaire.

Les deux auteurs notent, avec raison, que la plupart de leurs adversaires « gauchistes » se contentent de les dédaigner. De fait, ce comportement facilite la diffusion de leurs idées puisque ceux-ci ne viennent se heurter à aucune résistance réelle. Si ce n'est pas ici le lieu de montrer toutes les contradictions de la vision réactionnaire du monde, il nous faut cependant comprendre les mécanismes de son implantation actuelle.

Il est à noter que nos deux auteurs — on connaît le passé politicien de Rochedy—, témoignent d'une conscience claire de leur rôle de diffusion idéologique. Ainsi, leur ouvrage est présenté non comme un moyen d'action politique direct, mais comme une graine qu'on sème dans un terreau fertile. Les deux auteurs disent ne pas s'attendre à ce que le livre fonctionne pour tout le monde ; c'est donc bien une certaine catégorie sociale qui est visée.

Sans qu'aucun des deux ne l'explicite, on comprend qu'il s'agit de jeunes plutôt dépolitisés, dégoûtés par le (véritable) gauchisme post-moderne, et qui cherchent des repères au sein d'un monde qu'ils ne comprennent pas et qu'ils refusent. Le but étant d'attirer ces jeunes, de par l'humour, dans le « camp » de la droite, avant de les amener doucement à intégrer plus largement la vision réactionnaire du monde dans sa totalité. Le livre récemment sorti par Papacito et Rochedy vise justement à faire la médiation entre le sentiment et la théorie.

Selon l'aveu même de Papacito, il y a une « difficulté d'accès de la droite : on se réfugie dans le gauchisme car la droite semble poussiéreuse ; à l'heure de la séduction de l'image, il faut une stratégie liée à l'émotion ». Il faut donc un appel « grand-public » avant d'amener leur clientèle sur un terrain plus sérieux. Il remarque à juste titre que la gauche post-moderne a complètement perdu l'usage de cette ironie mordante qui fut jadis l'apanage des forces progressistes du XVIIIè siècle : « Usul ne fait plus rire personne car il se l'interdit lui-même. C'est la gauche chiante. La gauche puritaine de la déconstruction ». Avec les moralisateurs dans le camp d'en face, il est facile d'avoir l'humour de son côté.

Le projet des youtubeurs n'est donc pas de créer une association ou un parti, mais de jouer un rôle métapolitique. Soi-disant éloignés de la politique politicienne, ils proposent plutôt une « hygiène de vie » et mettent en avant la nécessité de « partir de la base, reconstruire le matériau » ; ceci afin de façonner les consciences pas-à-pas avant de les amener vers des débouchés politiques plus concrets ; puisque Rochedy souligne tout de même que « la candidature de Zemmour est intéressante ». Très au fait de leur rôle dans le processus de diffusion idéologique, nos deux starlettes de YouTube préparent le terrain pour celui qui sera vraisemblablement « leur » candidat en 2022.

Ainsi, le succès de cette manipulation doit être considéré et pris au sérieux par toutes les forces progressistes, non pas évidemment pour calquer leur procédé, mais pour comprendre le processus de fascisation en cours et se donner les moyens de le contrer.

S’il ne peut s’agir en aucun cas d’adopter le frivole du propos et de la forme — qui n’est jamais entièrement dissociable du contenu — de la sphère YouTube de droite, il faudrait néanmoins que le camp progressiste en tire des leçons quant aux méthodes de communication et d’hégémonie culturelle à mettre en place. Il faudrait retrouver une partie de cet esprit voltairien qui fait tout le sel du génie français, loin de la moraline de Usul et consorts. Il serait aussi temps de comprendre que la politique passe également par l’esthétique et que la seule Raison est impuissante sans relais dans le monde sensible. C’est pourquoi l’alternative à la droite grotesque ne saurait être un gauchisme décadent, mais bien un communisme du sublime comme nous y invite Loïc Chaigneau. (10)

Rappelons en conclusion la leçon de Schiller : « En conséquence, si un jeune ami de la vérité et de la beauté me demande comment il doit s’y prendre pour satisfaire, malgré toute la résistance du siècle, le noble instinct de son coeur, je lui répondrai : engage le monde sur lequel tu agis dans la direction du bien ; alors le calme déroulement du temps amènera l’épanouissement. Cette direction, tu la lui auras donnée si par tes enseignements tu élèves ses pensées vers ce qui est nécessaire et éternel, si par tes actes ou tes créations tu transformes ce qui est nécessaire et éternel en un objet de ses instincts. L’édifice de l’illusion et de l’arbitraire tombera, il doit tomber, il est déjà tombé à partir du moment où tu as la certitude qu’il fléchit ; mais il doit fléchir dans l’homme intérieur, non pas seulement dans celui qui paraît au dehors. Dans le silence pudique de ton cœur, éduque la vérité victorieuse, puis manifeste-la dans la beauté afin que la pensée ne soit pas seule à lui rendre hommage, et que les sens aussi perçoivent avec amour sa figure. » (11)

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Sources :

(3) En effet, les communistes ont toujours combattu le « gauchisme », terme dont on peut même revendiquer la paternité puisqu’il est forgé par Lénine pour désigner ses adversaires dans la brochure “Le gauchisme, la maladie infantile du communisme”.
(6) Voir à ce sujet le livre de Stéphanie Roza “La gauche contre les lumières ?”
(7) Curieuse recherche pour un supposé nietzschéen, puisque ces valeurs constituent la quintessence de la quête philosophique de Platon à Kant, celle même que Nietzsche s’est proposé de détruire.
(8) Pour Hegel, Napoléon incarne la ruse de la Raison. Cela signifie que ses passions le poussent à réaliser ce qui le dépasse, notamment en diffusant les progrès de la Révolution Française à travers l'Europe tout en liquidant la féodalité.
(9) Beaudelaire, “Mon coeur mis à nu” XXXI.
(10) Loïc Chaigneau, Pourquoi je suis communiste, éditions Delga
(11) Schiller, “Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme”, Aubier (1992) p155.
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