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URSS

Réponse à Nota Bene sur le goulag

Nous réclamons la suppression totale de la vidéo sur le goulag par Nota Bene. Ce calomniateur doit présenter des excuses publiques pour avoir craché sur la tombe des millions de Soviétiques et de communistes morts pour que nous soyons libres.

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Portrait de Benjamin Brillaud
Portrait de Benjamin Brillaud (X-Javier / Wikipédia)
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Par la rédaction
Lecture 35 min

Pour retrouver la vidéo dénoncée dans cet article, suivez ce lien.

Sommaire :

A - Falsifier pour faire porter le chapeau aux victimes
B - Des mensonges qui sont l’expression de l'idéologie anticommuniste
C - La stratégie de l’anticommunisme et du nazisme : ériger l’URSS en cas exceptionnel­­­

I. L’Union soviétique hérite de la vieille société et de ses tares

II. La violence soviétique répond principalement de la contre-révolution (bourgeoise)

III. Les crimes autrement coupables de la société bourgeoise

D - La complaisance de la gauche envers le nazisme



À l’heure où les milices nazies ont fait leur grand retour en Europe, où les Azov, Pravy Sektor et consorts pillent, tuent, violent leurs propres concitoyens qu’ils estiment être des sous-races et des communistes, certains mettent de l’huile sur le feu soit de manière volontaire, soit de manière involontaire. Les uns sont des complices, les autres sont des idiots utiles.

L’OTAN a récemment sorti un clip sur les « Frères de la forêt », des bandits collaborationnistes recherchés par les autorités soviétiques pour leurs crimes contre l’humanité. Ces brigands ont terrorisé les pays baltes jusqu’aux années 1950, prolongeant leur vie de crime, de rapine et de génocide entamée depuis 1939 (1). Cela importe peu pour les atlantistes qui ont repeint ces criminels en résistants contre la tyrannie soviétique. Après tout, comme le dit Nota Bene (14:40), pour de nombreux citoyens de l’URSS, la libération par l’Armée Rouge n’en était pas une. Au fond, une victoire allemande n’aurait pas été pire qu’une victoire soviétique et on aurait évité l’affreuse épuration dénazificatrice, « face sombre de la résistance » selon le vidéaste. La justice et la punition de crimes contre l’humanité semblent être des concepts qui lui sont étrangers.

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Falsifier pour faire porter le chapeau aux victimes

Allant un peu plus loin dans la propagande réactionnaire, le vidéaste français a eu la bonne idée de publier une vidéo sensationnaliste sur le goulag. Celle-ci va plus loin que la mise des nazis et communistes sur un pied d’égalité, ce qui est déjà une belle offense à la vérité la plus élémentaire. Pour pousser le vice plus loin, Benjamin Brillaud et son équipe sont allés jusqu’à attribuer des crimes perpétrés par des nazis aux communistes — renversant ainsi la position du bourreau et de la victime. L’outrage qu’il commet est égal à celui des négationnistes. Tandis que ceux-ci nient les crimes, lui a l’audace de les maquiller.

Le vidéaste s’est permis une désinvolture et une négligence qui n’est pas admise quand on traite de sujets si graves. De surcroît, les erreurs sont si nombreuses, si flagrantes, si systématiques qu’il est difficile de ne pas croire qu’en vérité, il ne s’agit pas d’erreurs mais de mensonges.

En effet, toute la vidéo est à jeter à la poubelle. Une poignée de photos ont été floutées après que Nota Bene a été épinglé par son propre public, mais, en réalité, quasiment toutes les autres photos sont mensongères. Il fait passer à plusieurs reprises des prisonniers communistes et soviétiques pour des prisonniers du goulag : des prisonniers enfermés pour leurs convictions communistes dans un camp à Falstad en Norvège que l'on distingue par le "Y" tissé sur leur manche (14:56), un Soviétique fait prisonnier par les Finlandais alliés aux Allemands pendant la guerre d'Hiver. Comble de l'infamie, pour illustrer les allégations de tortures de proches de Soljénitsyne, le vidéaste utilise une photo d'après-guerre illustrant les sévices faits par les SS au camp de Gusen dont une forte proportion de communistes parmi les opposants politiques, intellectuels, républicains espagnols et résistants. 37 000 personnes y sont mortes. Il surenchérit en utilisant une image qui est en fait un dessin de camp de concentration allemand. Les prisonniers de guerre soviétiques ont fait l'objet de traitements beaucoup plus cruels que les autres. 60% des 5,3 millions de prisonniers sont morts contre 1 à 3% pour les militaires d'autres pays. Nota Bene crache sur leur tombe. Les enfants soviétiques sont aussi victimes de la désinformation de M. Brillaud. Il fait passer des enfants souffrant de la famine causée par la guerre civile et l'invasion étrangère de la Russie soviétique pour des enfants du goulag en sélectionnant une photo prise dans la province de Samara en 1921-1922 (17:04), une autre d'origine peu sûre datant aussi de la guerre civile, et il en est de même pour une troisième photo (17:16). Il a aussi fait passer pour des orphelins du goulag des enfants rassemblés avec leurs parents pour saluer l'arrivée de l'Armée Rouge sur les terres nouvellement biélorusses en 1939. Parmi les autres images détournées, il y a un dessin datant de l'époque tsariste en 1913 associé à la période Khrouchtchev, un train de voyageurs lambda des années 1920 maquillé en train de déportation. Il a aussi fait passer une photo de Stakhanov, célébrité du monde ouvrier soviétique et communiste militant, pour celle d'un « esclave » des camps soviétiques (21:31) et une photo de Felix Dzerzhinski datant de 1919 pour celle d'un surveillant pénitentiaire (18:16). Toutes ces prétendues erreurs ont fait l'objet d'une vérification par une simple recherche d'images sur Google. Soit Nota Bene est un benêt, soit il est un homme mal intentionné. Nous n'allons pas lui donner le bénéfice du doute tant ses actions sont odieuses. Toutes ces images sont des transferts de responsabilité et de culpabilité. Les bourreaux qui deviennent les victimes sont la suite logique de cette inversion accusatoire : on attribue les crimes contre-révolutionnaires et nazis aux communistes, ce qui permet de dédouaner voire de réhabiliter les premiers pour mieux charger les seconds.

Il ne s'est même pas donné la peine de donner la source des images qu'il emploie, les utilisant comme simples illustrations. Une autre entorse aux règles les plus élémentaires de la rigueur et de l'honnêteté du récit historique est la production d'une bibliographie absolument indigente, composée en majorité de documents de seconde main, des témoignages, et de livres sélectionnés à la hâte – puisqu'il manque de grandes références comme Mark Tauger ou encore Viktor Zemskov – et dont on peut légitimement penser qu'il ont été lus en diagonale.

Des mensonges qui sont l’expression de l'idéologie anticommuniste

Ce que Benjamin Brillaud déblatère n’est que du réchauffé. Il ne fait que répéter des âneries que d’autres pions de l’anticommunisme ont manufacturé avant lui. Il y a une différence entre ne pas être d'accord avec la pensée communiste et être anticommuniste. L'anticommunisme est une idéologie qui fait preuve d’une très grande agressivité et qui peut parfois aller très loin, jusqu'à l'extermination génocidaire comme en Allemagne (1933-1945), en Espagne (1936-1939), en Grèce (1946-1949), en Corée du Sud (1948), en Indonésie (1965-1966), etc. Nota Bene raconte dans l’erratum publié sur Twitter que, finalement, c’est la « faute à pas de chance » s’il y a des erreurs dans sa vidéo, que le rythme soutenu de publication ne lui permet pas de vérifier scrupuleusement ce qui est dit et affiché. Si les erreurs sont purement fortuites, alors pourquoi sont-elles systématiquement, et subrepticement, au service du mythe des deux jumeaux totalitaires ? Pourquoi vont-elles toujours dans le sens de la propagande antisoviétique ? « Le hasard », dit-il, en prenant son audience pour des abrutis. Il s’amuse par exemple à sortir de son chapeau des chiffres complètement fantaisistes : ce drôle annonce que vingt-huit millions de personnes seraient passées au goulag de 1930 à 1952, un septième de l'ensemble des républiques socialistes d'URSS, donc ! Même Nicolas Werth, qui n’aime pas du tout les Soviétiques, évoque quinze millions pour l’intégralité de la période communiste (2). MM. Zemskov, Rittersporn et Getty, quant à eux, signalent un grand roulement des prisonniers. 60,7% d’entre eux purgent des peines de moins de cinq ans et 20% à 40% sont relâchés chaque année (3). Même par l'absurde ou par méfiance envers les sources, nous ne pouvons trouver trace des infrastructures pénitentiaires et logistiques qui justifient de tels chiffres. Où sont les mégapoles pénitentiaires ? Cela fait plus d’un demi-siècle que le chiffre des « victimes du communisme » fond comme neige au soleil. Nota Bene ressort du placard les vieux mythes complotistes de la famine organisée ou du faux procès. Pourquoi pas aussi ressortir celui de l’Or de Moscou, tant qu’on y est !

La stratégie de l’anticommunisme et du nazisme : ériger l’URSS en cas exceptionnel­­­

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I. L’Union soviétique hérite de la vieille société et de ses tares

Les continuités historiques du système répressif russe

Présentée par Nota Bene, la violence des institutions russes, hormis une allusion furtive à leur passé, apparaît dans un vide. Dans le cours de la guerre civile, le communisme au pouvoir produit ex nihilo le goulag : fin. L’étude historique admet pourtant de telles choses que « continuités », « conditions historiques » ou « nécessités ». À son regret, le parti de Lénine n'a pas su abolir « par décret » l’ancienne société pour la remplacer par le socialisme réalisé ; il a du composer avec ce que celle-ci lui avait laissé. Parler de la violence de la Russie de la fin des années 1910 impose de la relier à celle du vieux système social et institutionnel dont héritent les bolcheviks, et plus encore à celle de son histoire récente, de son régime pendant des siècles despotique et de ses millions de morts perdus à la boucherie inter-impérialiste.

Pour tenter de reprendre main sur une société qui, après le délitement du front militaire et de son arrière, verse dans le chaos, le parti révolutionnaire n’a à sa disposition que les outils du vieux régime. En ce qui concerne le système pénitencier, la Russie est familière des camps de travail depuis le XVIᵉ siècle ; aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, ils sont l’équivalent, certes brutal, des bagnes des autres sociétés capitalistes. C’est de ce précédent dont les révolutionnaires héritent et doivent adapter. Dans les formes, les communistes n’ont que peu innové : le katorga était déjà sous le Tsar assigné à des fins productives. Ce que notre professeur voudrait nous présenter comme la particularité d’un système socialiste structurellement défaillant avait derrière lui plus d’un siècle d'existence. Déjà, sous l’Ancien Régime, le bagne russe avait servi à la mise en valeur des vastes territoires de Sibérie (minage de l’or et de l’argent, édification des routes et des chemins de fer). Déjà, aussi, les conditions avaient pu y être d’une brutalité extrême. Dans les prisons à ciel ouvert que Dostoïevski, dans ses Souvenirs de la maison des morts, condamnait déjà en son temps, les prisonniers, astreints à des rythmes infernaux de travail (les deux jours de repos mensuels ne furent pas accordés avant 1885), connaissaient intimement le fouet, la faim et le froid (4).

La dureté pluriséculaire de cette institution, les révolutionnaires russes, qui pour une bonne part la connaissaient d’expérience, l’avaient aussi en quelque sorte admise. Si dans la France de 1918 on envoyait les condamnés s’échouer sur les rives de l’Amazonie, en Russie il paraissait tout aussi légitime d’orienter vers la Sibérie les ennemis déclarés de la société. Dans l’urgence dramatique de la guerre civile, il s’agissait pour les dirigeants bolcheviks de remettre à profit un ensemble institutionnel, des infrastructures immédiatement disponibles et culturellement admises. En omettant ou en expédiant leur origine dans le passé national russe, Nota Bene annonce une des manières récurrentes de sa sophistique : abstraire de leur contexte historique toutes les mesures de gouvernement, toutes les décisions – aussi brutales paraissent-elles – de l’État soviétique, et en faire porter l’unique responsabilité à la criminalité de ses dirigeants, l’indéfectible Staline comme premier rôle (5). Faisons œuvre d’historien plutôt que de racolage, et restituons une époque que les confortables occidentaux que nous sommes n’ont pas eu à connaître.

Une violence accumulée sur des siècles

Nota Bene passe sous silence la violence continuelle qui traverse la société russe au cours des siècles, une violence exercée par l’aristocratie tsariste contre les masses paysannes soumises au servage, qui concernait 22 millions de moujiks (sur une population totale de 75 millions d’habitants) en 1860 (6), mais aussi, à partir du XIXᵉ siècle, contre la classe ouvrière naissante. Les tentatives de la classe ouvrière russe pour porter ses revendications ont été systématiquement réprimées, y compris les manifestations pacifiques comme celle des ouvriers de Saint-Pétersbourg lors du tristement célèbre « dimanche rouge », le 9 janvier 1905 (7), date à laquelle les ouvriers, en grève depuis une semaine, se rendirent au Palais d’Hiver têtes nues et en chantant des cantiques pour demander de meilleures conditions de vie et de travail au tsar, et furent massacrés par les cosaques. Ne parlons même pas des grèves, illégales sous le régime tsariste, qui étaient réprimées par l’armée, à l’instar de la grève à la Lena Goldfields (compagnie anglaise en Sibérie), au début de l’année 1912, au cours de laquelle 270 ouvriers furent tués lors d’une fusillade (8). Plus généralement, le régime tsariste était une monarchie absolue et aucune sensibilité politique divergeant un tant soit peu de celle du pouvoir n’y était tolérée. La violence terroriste était donc un des seuls modes d’expression possibles pour les mouvements politiques contraints à la clandestinité : les assassinats politiques étaient fréquents (assassinat du tsar Alexandre II en 1881, du ministre de l’intérieur Plehve en 1904 ou du président du conseil des ministres Stolypin en 1911). Il est tout de même à noter que les bolchéviks se refusèrent toujours à employer cette méthode.

De fait, la réponse à ces siècles d’humiliations ne pouvait être qu’un déferlement de violence en retour de la part des classes opprimées. Le ministre des finances du tsar, Serge Witte, avait averti le souverain dès 1905 (9). La violence révolutionnaire qui s’exerça en Russie à partir de 1917 n'a pas été pas provoquée par les dirigeants de la révolution mais par les masses elles-mêmes. Il ne s’agit pas ici de remettre la faute sur les masses, mais au contraire de comprendre qu’elles exercèrent une violence qui répondait à une violence bien plus grande qu’elles avaient subi pendant des siècles. Cette violence n’a pas attendu octobre 1917 pour se déchainer mais s’est manifestée dès les premiers mois de la révolution, comme le relève d’ailleurs Nicolas Werth (10). Ainsi, dès mars 1917, les moujiks ont envahi les grands domaines agricoles pour s’approprier les terres dont ils avaient été privées malgré l’abolition du servage. Le gouvernement des bolchéviks, dès son accession au pouvoir dans la nuit du 24 au 25 octobre 1917, a tenté de canaliser cette violence, comme le montre l’adoption dès le 26 octobre du décret sur la redistribution des terres qui institutionnalise l’appropriation des terres par les paysans – ceux-ci n’ont donc plus à s’approprier illégalement et violemment les terres des grands seigneurs –, mais, surtout, les bolchéviks ont tenté de canaliser cette violence en mettant fin à la guerre avec les puissances centrales que voulaient lui imposer ses « alliés » français et britanniques, et ce malgré les concessions territoriales colossales exigées par les Allemands. Si la période de 1917 à 1922 fut une période de grande violence en Russie, ce n’est pas à cause des bolchéviks, mais malgré eux. S’ils ont eu recours à la violence, ce ne fut pas pour réprimer les « nombreux citoyens opposés au communisme » qu’évoque de façon tout à fait malhonnête Nota Bene, mais pour répondre à l’agression des armées blanches et des 14 armées étrangères qui intervinrent alors en Russie.

II. La violence soviétique répond principalement de la contre-révolution (bourgeoise)

La guerre civile russe, les explications de sa violence

Le fait est dommageable : l’historien amateur, lorsqu’il prétend expliquer le passé, souffre d’une certaine inclination à justement nier… l’histoire. Dans son récit n’existent ni les conditions antérieures, ses contraintes et ses déterminations, ni ne s’explique l’enchaînement des faits et des phénomènes. Pour rendre immanente, d’essence et injustifiable la violence révolutionnaire, Nota Bene a recours à un dispositif éprouvé : systématiquement occulter les conditions qui l’ont motivée. Ainsi seront résolues quelques-unes des années les plus dramatiques de la Russie soviétique par l’évocation, en quelques mots mensongers, d’une « guerre civile » énigmatique. Il est vrai, l’historiographie bourgeoise a de longue date consacré un terme assurant de lui-même le travestissement de l’histoire : omettre, en réduisant la période à un conflit intérieur, les forces démesurées qui, souvent avec une brutalité sans équivalence, se sont élevées contre le jeune État soviétique. En réalité, cette guerre n’eut rien de « civile ». Aux côtés des anciennes classes dépossédées, « blanches », certes mobilisées avec les armes pour la restauration de leurs privilèges, se tinrent surtout 17 puissances étrangères, parmi elles les plus formidables du monde capitaliste.

À partir de juillet 1918, après que Lénine s'est efforcé d’épargner au peuple russe l’hécatombe guerrière dans laquelle les anciens alliés du Tsar entendaient le maintenir, les corps expéditionnaires de la Grande Bretagne et de ses obligés impériaux, des États-Unis et de la France, débarquèrent successivement sur les côtes russes. Jusqu’en 1921, ceux-ci profiteront encore contre la Russie au bord du délitement du soutien de l’Italie, la Pologne, l’Estonie, la Roumanie, la Tchécoslovaquie, la Grèce, le futur royaume de Yougoslavie et, sur son flanc oriental, l’empire japonais. Si l’on veut admettre la qualité « civile » du conflit, le champ doit en être étendu à une autre échelle, à celle d'une guerre « civile » des classes, à la lutte des masses révoltées contre leur joug, des paysans et des ouvriers russes contre leurs anciens maîtres et leurs bailleurs. Winston Churchill, alors Secrétaire d’État à la Guerre, ne s’y trompait pas. Le grand homme dut concéder ses réticences civilisationnelles aux besoins du combat contre la révolution. Pour défendre contre la jeune république des soviets l’ordre propriétaire, il fallait être prêt, avertissait-il le monde civilisé, à « s’allier avec les Huns contre les bolchos (11) ».

En plus d’étirer, avec leurs bataillons, sur d’interminables fronts (Russie septentrionale, Sibérie, Extrême-Orient) les forces éprouvées d’une Armée rouge constituée dans la hâte, les forces de l’internationale contre-révolutionnaire apportèrent un soutien matériel et stratégique essentiel à la réaction intérieure. Prétendant rendre à la Russie l’ordre en brutalisant et pillant ses territoires, les armées blanches contre-révolutionnaires livrèrent une guerre sans merci à l’État soviétique et à ses partisans. De cela, elles surent gré aux puissances étrangères. L’armée blanche de l’amiral Koltchak, opérant en Sibérie, put compter sur l’équipement et le ravitaillement militaires des Britanniques, et celles de Denikine et de Wrangel, au Sud, sur celui du gouvernement Clémenceau. À l’été 1920, c’est encore l’état-major français, représenté par le jeune capitaine de Gaulle, qui, par sa direction, permettra à l’armée polonaise le spectaculaire « miracle de la Vistule », contre-offensive qui repoussera dans ses terres l’Armée rouge de près de 400 kilomètres (12).

Enserré de toutes parts, le pouvoir soviétique doit relever une situation exceptionnellement difficile. Il lui faut garantir, ainsi qu’y fut forcée la première République française, son intégrité contre les efforts alliés des réactions intérieure et extérieure. De telles conditions appelaient nécessairement une suspension du cours institutionnel et légal normal ; la répression des ennemis de l’État dut prendre la forme d’une Terreur certes rude, mais imposée par la guerre menée par la contre-révolution. Présentée par Nota Bene, la Terreur rouge apparaît presque gratuite, comme si elle tenait d’une brutalité invraisemblable et immanente au projet bolchevik ou à la personnalité de ses cadres ; dans les faits, la répression menée par l’État révolutionnaire fut tout au contraire formulée dans ses buts, et pour la plus grande part contenue dans des institutions. Arno J. Mayer, qui a produit le meilleur examen des logiques de la violence révolutionnaire, montre à quel point celle-ci, dans la Russie du « Second Temps des troubles », s’est toujours attisée dans les moments politiques et militaires les plus dramatiques — au plus haut des combats contre les armées blanches de Koltchak, Denikine et Ioudenitch, en 1919, ou lors de la terrible guerre russo-polonaise de 1920-1921 — et a d’abord été nourrie par la Terreur blanche elle-même ; avant de refluer dès que devenait de nouveau possible un retour relatif à la normalité (13).

Surtout, il tient du mensonge d’évoquer les victimes de la Terreur rouge sans faire mention des œuvres de la Terreur blanche. Terreur contre-révolutionnaire dont l’ampleur valut aisément celle du pouvoir soviétique, s’établissant dans « les dizaines de milliers (14) » de victimes. Une violence des anciens propriétaires, des anciens exploiteurs, détrônés par ceux qui avaient eu le crime de se révolter ; les officiers blancs, pour une bonne part d’anciens nobles expropriés par la révolution, faisaient un malin usage de la trique ou de l’arbitraire du fusil contre les paysans qui, dans les campagnes russes, avaient saisi les terres sur lesquelles ils avaient si longtemps trimé. Conçu comme « un rouage essentiel de l’opération militaire de la contre-révolution », la Terreur blanche ne s’encombra pour la plupart d’aucun système institutionnalisé de justice : la plus grande part de ses victimes furent benoîtement pillées, violées et massacrées par les bandes maraudeuses arpentant le pays et vivant sur lui. Au contraire d’une Terreur rouge qui, parce qu’elle savait pouvoir se justifier aux yeux des grandes masses russes, s’affichait telle et parvint dans une certaine mesure à se contenir dans des institutions, la Terreur blanche était exercée de manière sauvage et anarchique (15). Sans pitié pour tout homme ayant de près ou de loin assisté l’État soviétique, ses hommes, galvanisés par la propagande anti judéo-bolchévique de leurs chefs (à partir de 1919, l’Osvag, service de propagande des Blancs, organise méthodiquement les campagnes antisémites (16)), commirent et incitèrent également d’effroyables pogroms de Juifs. Ces massacres firent près de 100 000 morts, 200 000 blessés, des centaines de milliers d’orphelins et des dizaines de milliers de femmes violées (17). Forcés par leurs bourreaux, les Juifs russes trouvèrent en masse refuge auprès de l’Armée rouge (18).

Mais de toutes ces épreuves l’on n’aurait rien su si l’histoire nous avait été enseignée par Nota Bene. Dans le raisonnement youtubesque, l’allusive mention à une « guerre civile » tout aussi obscure amène sans médiation à la création, inexplicable – et personnelle, puisqu’un dictateur comme Lénine ne saurait s’accommoder de l’opinion des institutions – de la terrible Tchéka. Une police de répression politique dont on ne pourrait tel quel avoir idée de la fonction : sans doute réprime-t-elle pour le plaisir, pour la satisfaction de son hubris marxiste, dans un pays qui se porte pour le mieux et rassemble toutes les conditions pour transitionner sans encombre vers le régime démocratique et pacifique. Tout aussi inexplicable apparaît le recours pénitencier généralisé ; on aurait pu penser que criminels ordinaires, pilleurs, assassins contre-révolutionnaires ou comploteurs contre l’État y auraient en ces temps de crise occupé une place toute trouvée : l’histoire à la Nota Bene est plus sagace, et, appuyée par les arguties de Stéphane Courtois, vous enseignera plutôt qu’elle n’est que la conséquence logique de l’ « idéologie socialiste ».

Pendant vingt ans, un pays assiégé

L’évocation très parcellaire, sans le détail macabre, des difficultés endurées par le peuple russe suffit à le laisser voir : l’Union soviétique sortit exsangue de son enfance. Le concours concerté des seigneurs de guerre et de la contre-révolution étrangère, ajoutée, il est vrai, à la résistance de plusieurs armées paysannes (dites « vertes »), auront coûté près d’un million de tués à l’Armée rouge et des millions de vie à la société civile. Mais la guerre « civile » signifie aussi et surtout une économie ravagée, avec une industrie renvoyée à son arriération et un système agricole à rebâtir. Ne s’écartant jamais des canons officiels, Nota Bene omettra donc de mentionner les conséquences immédiates de la destruction infligée par la réaction à la Russie soviétique : en 1921, lorsque de terribles sécheresses brûlent tout le bassin de la Volga, la population est victime de la famine ; sur les corps affaiblis, la faim et le typhus font 4 millions de morts sans doute moins politiquement utiles que ceux de la période 1931-1934 (19).

Sa phase ouverte conclue par la victoire de l’Armée rouge, la guerre contre la révolution se poursuit dans les années 1920 et 1930 sous d’autres formes. Il ne fut permis à l’URSS aucune forme de normalité. Soumise au blocus, elle voit rapidement réapparaître à ses frontières les menaces étrangères. Les classes dominantes, en Europe et au Japon, ne font aucun mystère de leur détermination à éradiquer le bolchévisme, chez elle et dans la patrie du socialisme. De fait, à partir de 1925, les développements politiques donnent des formes de plus en plus concrètes à cette menace. L’Union soviétique se trouve d’abord définitivement isolée par la signature du Traité du Locarno, qui acte la réconciliation de l’Allemagne et de la France, avant qu’en 1926 un coup d’État ne porte Pilsudski à la tête de la Pologne. Anticommuniste féroce, il affiche clairement ses appétits sur l’Ukraine soviétique, et, sur les fronts oriental et méridional de la Russie, promet, par une guerre prochaine, de repousser encore la frontière. L’année suivante, en 1927, un nouveau coup de tonnerre retentit dans le ciel soviétique : la Grande-Bretagne décide de rompre toutes ses relations diplomatiques et commerciales avec l’URSS, promesse de heurts à venir.

La Russie bolchévique, à peine débarrassée de ses restes féodaux, accuse alors un sérieux retard industriel sur tous ses probables ennemis. Sans acier et sans techniques, elle est incapable de se moderniser dans les mesures nécessaires à un futur conflit son armée. L’industrialisation à marche forcée, que Nota Bene présente, goguenard, comme une énième lubie stalinienne, est en réalité une nécessité entièrement imposée au parti et à sa direction. Pour espérer survivre à la déflagration que lui promet la contre-révolution, il lui faut hâter de manière dramatique le développement du pays en en réorganisant totalement, sur un intervalle très court, les bases de production. La collectivisation doit alors permettre à l’agriculture de dégager de nouveaux surplus qui pourront financer l’industrie, mais aussi la préparer à assurer les lignes d’approvisionnement vivrier des futures lignes de front. Ce que les puissances d’Europe de l’Ouest ont accompli, en pillant à loisir les deux autres tiers du globe, en deux siècles, il faudra au peuple russe le réaliser en moins de deux décennies. Il prendra la tâche à bras le corps et ses réalisations ne seront rien de moins que « stupéfiantes » : « augmentant sa production industrielle de 250%, la Russie soviétique accomplit de gigantesques pas en direction de la puissance industrielle. » « Le grand bond en avant industriel » permit un « grand bond en avant de l’industrie de l’armement » ; entre 1929 et 1940, la dépense militaire put être multipliée par 5, condition de la résistance aux invasions qui avaient déjà une fois assailli le régime (20).

Le Parti communiste n’aura pas à attendre longtemps la validation de ses choix ; le ciel des années 1930 ne va qu’en s’obscurcissant. Le fascisme, forme la plus définitivement sauvage de la réaction anticommuniste, gagne, après l’Italie mussolinienne, tout le continent. Hitler, porté par le grand capital allemand, parvient à la direction de l’Allemagne en 1933, y éradique les communistes et, se tournant déjà vers l’appétissante Russie, promet l’esclavage aux untermensch slaves de l’Est. En Angleterre, en France ou en Belgique, les mouvements fascistes ne cessent de croître et manœuvrent comme des extensions extra-légales et démagogiques de l’anticommunisme d’État. Toutes poussent pour mettre un coup d’arrêt définitif à l’élan révolutionnaire que continuent à inspirer la IIIᵉ Internationale et les soviets (21).

Sur le plan diplomatique, la direction bolchévique se retrouve rabattue dans une position intenable. Face à une Allemagne nazie qui promet la guerre de conquête au peuple russe mais aussi aux autres puissances impérialistes, ses diplomates s’activent pour se sortir de l’isolement imposé et trouver des alliances avec la France et la Grande Bretagne. Mais d’aucun côté de la Manche la bourgeoisie ne parvient à admettre une alliance avec la tête de proue de la révolution mondiale. S’efforçant en même temps de contenir leurs opinions publiques, qui souhaitent ardemment l’alliance qui prendrait à revers l’Allemagne, jusqu’en 1939 les administrations française et britannique louvoient avec leurs homologues soviétiques, promettent vaguement avant de revenir sur leurs mots. Dans un entretien avec Ribbentrop de décembre 1938, Georges Bonnet admet finalement le fond de la pensée du gouvernement Daladier : ils laisseront à Hitler, autant que possible, les « mains libres à l’Est », et que le Führer les débarrasse enfin de la vermine (judéo-)bolchévique. C’est la défaite et l’extermination promises à l’URSS, qui, éprouvée par une guerre de sape qui n’a en réalité pas cessé depuis 1917, ne peut avoir aucun espoir, en l’état de ses armées et sans assistance du reste de l’Europe, de contenir le béhémoth allemand (22).

Le corps diplomatique soviétique n’a cessé de le rappeler, encore et encore, aux gouvernements bourgeois d’Europe occidentale : s’ils ne se décidaient à assumer une politique de sécurité collective intégrant l’URSS, celle-ci n’aurait d’autre option que de se chercher un échappatoire. Finalement, en août 1939, Staline signifie le revirement acté en nommant au ministère Viatcheslav Molotov. Un traité de non-agression est signé avec l’Allemagne dans la foulée. La France et la Grande-Bretagne en assument l’écrasante responsabilité : un an après Munich, refusant l’alliance avec la Russie, leurs administrations avaient distinctement signifié préférer la sauvegarde de l’ordre du capital aux intérêts de la nation. Sans la perspective d’un front ouvert sur le flanc est de l’Allemagne, elles promettaient à leurs populations l’affrontement avec la machine de guerre nazie. Le conteur malhonnête évidemment ne l’expliquera pas. Dans sa conception de l’histoire, « l’alliance avec l’Allemagne nazie » tombe des mêmes limbes que la « terrible Tchéka » ou que l’épouvantable « guerre civile ». Cette manière d’asséner les évènements sans les relier à leurs causes sert toujours le même effet : faire endosser au pouvoir soviétique, seul, les torts des décisions dramatiques auxquelles il fut contraint et, toujours, disculper la réaction bourgeoise, qu’elle ait le visage de Denikine ou d’Edouard Daladier.

Car en même temps qu’il s’efforce de composer avec ceux qui à l’extérieur travaillent à son anéantissement, l’État soviétique doit encore affronter les complots de l’intérieur. Ceux des Russes dont les intérêts s’opposent à la socialisation des moyens de production continuent de résister et sabotent l’effort économique du pays. À l’intérieur des organes de pouvoir, les intrigants, pour certains appuyés par l’extérieur, travaillent à renverser la direction bolchévique majoritaire. Comme en 1918-1922, seule la répression pouvait garantir la sûreté de l’État : les tribunaux soviétiques assument leur fonction et envoient au goulag les individus responsables. La condamnation psychologisante, nourrie de mensonges maintenant vieux de 80 ans, est toutefois toujours plus commode : chez l’historien vulgaire, toutes ces luttes réelles, toutes ces difficultés opposées à la bonne marche d’un État toujours menacé jusque dans son existence, se réduisent à la paranoïa sanglante de Joseph Staline. Contre le mensonge à plusieurs reprises répété par l’exposition de Nota Bene, l’existence d’un bloc d’oppositions à l’intérieur de l’Union soviétique est désormais corroborée par une foule de preuves. Les procès de Moscou n’ont jamais été une entreprise délirante d’étalage d’autorité et de répression gratuite, mais ont répondu à une menace réelle et existentielle (23). Le lecteur commencera toutefois à être familier de cette manière d’ « expliquer » le passé, plus proche de la morale patristique que de l’enquête scientifique.

En 1941, l’URSS est enfin confrontée à la guerre d’extermination promise par les bourgeoisies européennes depuis 1917. Elle doit l’affronter après avoir été forcée de purger de son état-major les séditieux et après avoir perdu au complot plusieurs de ses cadres les plus expérimentés. Ses masses laborieuses ont dû consentir à d’immenses sacrifices pour nourrir une économie entièrement tournée vers la perspective de la guerre à venir. Envers et contre tout, après le précieux répit que lui a accordé le traité de non-agression, elle aura, sous la direction de Staline, rassemblé assez de forces pour contenir l’assaut de la plus formidable armée de l’histoire. C’est elle qui en débarrassera cette Europe qui, des mots d’Hemingway, lui doit toujours « plus de remerciements qu’elle n’en puisse payer durant toute une vie, » et les lui rend pourtant très mal. Aucun esprit sensible ne pourra contester que cet effort prodigieux n’aurait pu être accompli en dehors d’un état d’urgence permanent, disciplinant l’ouvrier dans l’usine et le citoyen dans la société politique. L’État soviétique ne pouvait simplement pas faire l’économie de l’appareil de contrôle et de répression sociale ; il lui était imposé ou l’usage prodigue du goulag, ou l’extermination.

Le terrible tribut de la Seconde Guerre mondiale

Nous ne reviendrons pas sur l’enchaînement héroïque des évènements qui, de l’été 1941 au printemps 1945, sauveront le continent européen de la calamité nazie. Il suffira de rappeler, pour ceux qui s’entêteront encore à expliquer la nécessité d’État par le nihilisme pathologique d’un de ses dirigeants, que l’Union soviétique sortit une nouvelle fois dévastée de son face à face avec la réaction capitaliste. L’élan productiviste donné aux camps de travail, que Nota Bene condamne une nouvelle fois en des termes moraux et historiquement abstraits, fut en réalité imposé à l’ensemble de la société soviétique, pour qui le rétablissement de la production était, très littéralement, une question de vie ou de mort.

Restituons l’ampleur de la catastrophe. À l’été 1945, l’Union soviétique est une nation amputée de plus d’un dixième de sa population. La barbarie fasciste a plus lourdement encore affligé les civils que les militaires : contre 10 millions de soldats et officiers tombés au combat, près de 11 millions de civils soviétiques sont directement morts du conflit et de l’occupation, et 5 autres millions, indirectement, de la faim ou des pénuries diverses, sanitaires et matérielles. L’histoire ainsi présentée dans sa totalité, les terribles chiffres de mortalité du goulag des années de guerre (20% aux plus hauts) trouvent un autre contexte. L’homme honnête comprendra que les décès du goulag ne furent pas dus au sadisme de leurs tortionnaires ou à la sociopathie de l’administration, mais d’abord à la situation désespérée infligée à tout un pays. Ainsi, pendant que les prisonniers du goulag subissaient les pénuries, à Léningrad, assiégée par le blocus pendant deux ans, 700 000 civils perdaient eux aussi la vie. Et à la même période encore, 30% des 4 millions de Soviétiques envoyés au travail forcé en Allemagne, les Ostarbeiter, étaient tués à la tâche au service de l’agresseur — la machine capitaliste est insatiable (24).

Entre 1941 et 1945, la contre-révolution prit les formes d’une sauvagerie sans équivalent. La volonté de puissance nazie promettait de conquérir l’espace vital allemand et d’exterminer la racine judéo-bolchévique, et face aux untermensch ne s’astreignit aucune retenue. Ce furent près de 550 000 juifs (hommes, femmes, enfants et infirmes) qui furent exterminés dans les seuls premiers mois de l’opération Barbarossa. À la fin de la guerre, 2 830 000 d’entre eux avaient péri (25). Les prisonniers soviétiques, parce que slaves et d’une race méprisable, furent systématiquement éliminés par l’armée d’agression allemande, au mépris de tous les usages « civilisés » de la guerre. Des centaines de milliers furent exécutés sur le champ de bataille, et des millions d’autres parqués sans soins ni subsistance dans des camps de mort à ciel ouvert. Ledit « second totalitarisme », dans son camp de Minsk, laissait mourir tous les mois 20% des 120 000 prisonniers qu’il contenait en moyenne. Nota Bene ne parviendra jamais à affilier ces pratiques aux torts du bagne soviétique, quand bien même il s’obstinerait à utiliser des clichés des camps d’extermination pour illustrer les camps de travail. Seuls 1 600 000 des 5 400 000 soldats et officiers soviétiques capturés durant la guerre parviendront à retourner chez eux : soit une part de décès de 70% (26).

L’on mesure mieux le fléau auquel l’URSS de Staline dut faire face. Il s’agissait d’une lutte à mort et, pour l’emporter, le pouvoir soviétique n’eut le luxe de se refuser aucun expédient, aussi déplaisant fusse-t-il. Le 9 mai 1945, après 4 années éperdues de combat, la victoire lui donnera raison : pour l’emporter, de l’aveu même de Nicolas Werth, « le système stalinien parvint à mobiliser l’immense majorité de la population et la quasi-totalité des ressources ». La victoire était aussi le fruit des sacrifices concédés dans la décennie précédente, durant laquelle, au prix que l’on sait, la société soviétique s’était toute entière concentrée vers la perspective de la guerre. Appareillés par les efforts prodigieux consentis à l’industrialisation, plus de 34 millions d’hommes – et 600 000 femmes – seront dans le cours de la guerre mobilisés aux armées. L’effort militaire avait dû encore alourdir l’engagement militaire de l’appareil économique. À partir de février 1942 était décrétée « la mobilisation par le travail », qui astreignit par le régime militaire près de 6 millions de personnes aux industries. Sur 4 ans, la productivité industrielle augmente de plus de 40% (27).

Malgré la résistance titanesque, les armées du Reich, avant d’être repoussées jusqu’à Berlin, n’en ont pas moins dévasté les villes et les campagnes soviétiques sur des milliers de kilomètres. En 1945, des millions de vie ont été perdues, près de 25 millions de Soviétiques ont vécu sans abri, les cultures ont été dévastées et une bonne part des forces productives nationales ruinées. Les destructions matérielles s’évaluent à un total de 700 milliards de roubles, soit 5 fois le revenu national (!) de 1940 (28). Peut-être peuvent ici être trouvées les raisons de cette mystérieuse « crise d’après-guerre » dont Nota Bena fait état, à demi-mots, mais n’explique assurément pas. Comment comprendre les rythmes effrénés imposés à tous les travailleurs soviétiques, les prisonniers des camps de travail compris, si l’on occulte la gravité de la situation matérielle de l’URSS de 1945 ? Sans répit après 4 ans du conflit le plus meurtrier de l’histoire et deux décennies d’état de siège, le citoyen soviétique doit de nouveau retourner au travail. L’alternative est la mort. Sur le front agricole, celui de la subsistance la plus élémentaire, les conditions sont catastrophiques. La récolte de 1946, avec 40 millions de tonnes de céréales, est la plus maigre de l’histoire soviétique ; l’année suivante, la famine fait 1 million de victimes supplémentaires. C’est l’urgence qui pousse le pouvoir à rétablir contre le vol les sanctions pénales les plus sévères (de 5 à 15 ans de réclusion dans les camps) – la famine déjà, celle de 1932-1934, plutôt que les affects répressifs de la nomenklatura, avait la première fois motivé ces mesures… (29)

L’inanition collective guette, et les autorités soviétiques ne peuvent tarder à engager la reconstruction. En mars 1946 le Parti adopte le IVᵉ plan, dit « Plan de reconstruction. » Pour atteindre ses objectifs, qui sont ceux de la subsistance des hommes et des femmes de l'Union soviétique, le pouvoir n’a d’autre recours, face à l’abattement de travailleurs exténués, que le volontarisme de la propagande et la contrainte légale. Une série de décrets assigne et fixe les ouvriers sur leurs lieux de travail, tandis que les campagnes productivistes remettent à l’honneur l’imagerie stakhanoviste. Près de 7 millions de travailleurs des campagnes, peu familiers du travail industriel et de ses contraintes, sont forcés vers la ville. Les masses doivent se résigner à des niveaux de vie encore très bas. Toutes les ressources étant absorbées par la reconstruction collective du pays, leurs seuils de consommation ne retrouveront leurs niveaux de 1929 qu’en 1954 (30).

Malgré tous les efforts et les sacrifices consentis, l’URSS, dévastée, demeure fondamentalement, en 1945, « la plus arriérée des grandes puissances (31) ». Ce retard, il lui faudrait impérativement le combler. Non pas pour simplement satisfaire les campagnes de propagande staliniennes, mais parce que rapidement, une énième fois, le monde capitaliste remet au défi son existence. Le 6 et le 9 août 1945, les États-Unis lâchent sur une population japonaise déjà laminée et vaincue deux bombes atomiques.

La promesse des guerres à venir

Les nouvelles technologies américaines d’anéantissement, au moment où dans la « Grande Alliance » les fêlures annoncent déjà le futur conflit des blocs, vaut pour les Soviétiques avertissement. L’URSS ne peut même pas se contenter de réparer les bases de sa production, il lui faut encore s’engager dans une nouvelle et épuisante course à l’armement technologique (32).

Les preuves d’époque, enfin examinées par des historiens honnêtes, sont formelles : Staline, et derrière lui la direction du PCUS, n’avaient entre 1945 et 1947 d’autres désirs que la paix. La propagation d’une révolution mondiale en l’état hypothétique avait été remisée au profit de la coexistence pacifique. La sincérité de Staline fut appuyée d’innombrables concessions soviétiques aux tables de négociations qui devaient concevoir le nouvel ordre mondial. Staline, dans ses correspondances privées avec son personnel diplomatique ou via les voix médiatiques officielles de Moscou, ne cessa d’exprimer ses espoirs de collaboration avec la « Grande Alliance antifasciste » pour laquelle, au printemps 1945, il « entrevoyait un avenir radieux (33) ».

Seulement, dès l’été, les exigences de l’hégémonisme américain, suppléé par son obligé britannique, compromettent les bonnes relations entre les blocs socialiste et occidental. L’arrogance américaine, épargnée par les ravages de la guerre européenne et sous-tendue par les logiques du capital, ne put se satisfaire. L’administration Truman s’obstinait à revendiquer un droit d’interférence dans les affaires de la Bulgarie et de la Roumanie, deux gouvernement prosoviétiques au plein cœur de la sphère d’influence légitime que s’étaient négociées les puissances à Yalta (34).

Comme au début des années 1930, la contre-révolution bourgeoise multiplie à l’égard de l’URSS les présages menaçants. En mars 1946 – tous les bons écoliers s’en souviendront – Churchill prononce dans le Missouri son discours du « rideau de fer ». Sans doute le public sait-il moins que l’insultante formule, avant de se retrouver sous la plume du très répréhensible Churchill, avait été une trouvaille de… Joseph Goebbels, qualifiant ainsi l’avancée libératrice de l’Armée rouge en Europe de l’Est. Entre l’homme d’État britannique et le propagandiste allemand, sans doute les accointances idéologiques en appelaient aussi d’autres, plus littéraires (35).

Le discours belliciste est reçu comme tel par la direction de l’État soviétique. Son corps diplomatique s’alarme du renouveau, après la courte idylle – très circonstanciée – vécue entre le pays de Roosevelt et celui de Staline, de « la montée » dans les pays capitalistes « des forces antisoviétiques » et de la « menace d’une nouvelle guerre. » En Amérique, à l’été 1946, une « violente campagne antisoviétique » chauffait de nouveau l’opinion publique à un conflit « possible » avec l’URSS (36). Un an plus tard, George Kennan, avec son libelle publié dans Foreign Affairs, affichait plus formellement encore la rupture. Selon un procédé très affectionné outre-Atlantique, le diplomate américain inversait l’accusation et chargeait l’URSS d’expansionnisme mondial. Le divorce sera finalement consommé avec l’initiative du Plan Marshall. La diplomatie soviétique ne nourrit plus aucune illusion : en les assujettissant au capital américain, le Plan entendrait en même temps constituer les nations ouest-européennes en un bloc anticommuniste dont les canons seraient tournés vers l’Est (37).

Évidemment, rien de tout cela n’existe dans les démonstrations à peine ébauchées du vulgarisateur vulgaire. La mobilisation productive, les coercitions des années 1945-1950 surviennent dans un ciel tranquille et, désormais coutume, les efforts demandés et les souffrances imposées ne répondent que des caprices arbitraires du Kremlin. La réalité est que l’URSS, après avoir endossé la part écrasante de la lutte contre le fascisme hitlérien, après en avoir libéré l’Europe, fut récompensée par les bourgeoisies européennes par de nouvelles promesses de destruction. Depuis 1917, aucun retour à la normale, aucune accalmie ne lui aura été permise. À chaque étape de son développement, les pressions exercées par la contre-révolution l’auront forcée plus loin dans la défiance, les mesures d’exception et l’autoritarisme. Encore que pour enfoncer le boniment l’idéologie dominante doive encore recourir à l’exagération, au mensonge par omission et au mensonge tout court, aujourd’hui Nota Bene vient agiter devant les jeunes générations le cadavre fabriqué. Après avoir défiguré la mariée, on les sermonnera de l’avoir jamais désirée.

III. Les crimes autrement coupables de la société bourgeoise

Les goulags de la société bourgeoise

Il est confortable de repousser la barbarie de l’autre côté du monde. En devenant l’apanage de la seule société soviétique, le camp de travail confirme en même temps la rectitude des sociétés qui auraient, prétendent-elles, su en faire l’économie. Malheureusement, ces douces confortations tiennent mal lorsque l’histoire racontée ose s’écarter des sentiers balayés par l’idéologie dominante. Plaçons-nous sous le patronage du grand Domenico Losurdo et renvoyons à la société bourgeoise l’image de cette histoire qu’elle veut oublier. Mise au regard de l’Union soviétique, elle nous révèlera avoir en réalité eu un usage tout à fait comparable, quand il ne fut pire, de l’enfermement pénal, de la répression politique et de la violence de masse.

Rendons d’abord à César ce qui lui appartient. Les communistes russes n’ont rien inventé : les camps de concentration furent une innovation distinctement coloniale, européenne, bourgeoise et civilisée. Les Espagnols en firent les premiers usages, à la fin du XIXᵉ siècle, contre les populations qui, à Cuba, prétendirent revendiquer leur émancipation. Rapidement, le système fut repris par quelques-uns des pays érigés par la civilisation libérale comme parmi les plus démocratiques de leur temps : les États-Unis dans leur guerre de rapine aux Philippines, les Britanniques dans leur dépendance d’Afrique du Sud (38).

Le métaphysicien prétendu historien pensera avoir toutefois anticipé en établissant une distinction de fonction : Nota Bene s’acharne donc à rappeler la vocation productive des « camps de concentration » soviétiques. En plus de proposer une différence de qualité avec les bagnes « démocratiques », cette « dépendance économique » au travail forcé indiquerait en même temps la difformité physiologique de l’économie socialiste. La jeune audience a besoin, si ses manuels n’en ont pas déjà assuré la fastidieuse besogne, de ne jamais oublier que le socialisme – « regardez l’URSS ! » –, c’est la pénurie de la production et de la consommation. Jacques Ellul, qui n’aurait pas risqué nager contre le courant anticommuniste, expliquait par exemple la « grande différence » entre les « camps soviétiques » et le « bagne français de Cayenne » ; dans ce dernier, le « bagnard ne f[erait] aucun travail vraiment nécessaire pour la collectivité », alors qu’en Russie les travaux des prisonniers seraient « des parties essentielles de l’économie (39) ». Seulement, ici comme ailleurs, la démonstration n’a aucune valeur historique. De même que la Grande Bretagne tira grand profit de l’aménagement de l’Australie par ses repris de justice, le bagne français accomplit un travail essentiel dans l’économie guyanaise, assurant l’arpentage et l’exploitation de ce précieux confins de l’Empire colonial français (40).

Peu sûr de la force de son argument, Nota Bene est contraint à la surenchère. On apprend que les déportés soviétiques se trouvaient dans les camps du goulag « réduits en esclavage ». On peine pourtant à saisir ce qui, en 1930, rapproche plus le condamné soviétique que le prisonnier français de l’esclavage. Le goulag, à l’instar du bagne français, n’était pensé que comme un dispositif pénitencier et répressif, bien loin des lubies exterminatrices que les plus mauvais publicistes ont prêté à Staline. Pour preuve, la très large majorité des détenus, même au plus haut des pires crises politiques de l’histoire soviétique, furent au goulag des prisonniers de droit commun (selon, entre 1930 et 1950, un rapport entre prisonniers politiques et condamnés de droit commun de 1 à 3). Si par « personnalités jugées dangereuses par le régime » il faut entendre, avec les opposants politiques, les criminel divers, nous serons forcés de rappeler que toute société normalement constituée aura eu des recours analogues à l’incarcération (41). Lesdits « esclaves » tendaient par ailleurs à ne purger que de courtes peines : moins de 5 ans pour 60% d’entre eux au 1er janvier 1940 (42).

La thèse de l’esclavage doit être avancée. Nota Bene aime l’effet des chiffres, et brandit les 30 000 morts du chantier du canal de la Moscova/Volga. Rappelons-lui d’abord, quand, faute de précision, il laisse supposer que ces 30 000 prisonniers seraient entièrement tombés par la dureté des conditions de travail, que ces décès se produisent en 1933 et 1934, moment où famine et épidémie de typhus affectent les camps de travail de la même manière qu’ils affectent toute la population soviétique. Surtout, profitons de l’analyse comparative pour rappeler que, dans les années 1920 et 1930, la bourgeoisie « démocratique » entreprenait dans ses colonies des travaux à la déprédation au moins semblable. Dans le Congo belge, 17 000 travailleurs coloniaux perdirent leur vie dans le creusement de la ligne Congo-Océan. Seulement, ceux-là, leur tourment, ils ne pouvaient même pas se le justifier par une condamnation, qu’elle soit criminelle ou politique : les travailleurs congolais furent rassemblés, forcés, fouettés et tués sur la seule base de leur « indigénat » ; parce qu’ils appartenaient à une race que le monde civilisé jugeait digne de mourir pour le profit (43).

La France démocratique, elle, pratiqua allègrement dans ses bagnes un régime pénal autrement définitif. La « relégation » signifiait, pour de simples voleurs et vagabonds récidivistes, frappés d’une « présomption irréfragable d’incorrigibilité », l’internement à perpétuité (44). Dès lors, le relégué se trouvait condamné à offrir indéfiniment (bien que l’on ne fasse rarement de vieux os à Cayenne) sa force de travail à l’État français. Qui, de lui ou du prisonnier soviétique, se rapprochait le plus de la condition d'esclave ?

Le monde capitaliste le plus démocratique, même après 1865, offre encore d’autres exemples plus saillants de simili servitude. Dans les États-Unis de l’après Reconstruction, où les anciens propriétaires d’esclaves ont retrouvé leur pouvoir démocratique, les vieilles habitudes ont eu du mal à laisser place. Dans les états du Sud, et distinctement dans l’Alabama, les Noirs condamnés et fait prisonniers étaient gracieusement « loués » par les institutions pénitentiaires aux grandes firmes capitalistes. Dans leurs chain-gangs, les galériens étaient forcés à la construction des chemins de fer qui devaient couvrir l’immense territoire américain. Et cela dans des conditions ignobles, enviant peu même aux pires périodes du goulag soviétiques : incessamment battus, vêtus de haillons et laissés aux maladies et aux suppurations, les Noirs prisonniers trimaient toujours au bord de la mort. Entre 20 et 45% d’entre eux tendaient à y laisser la vie (45).

Les États-Unis triomphant du temps de Rockefeller et des monopoles n’avaient pourtant pas l’excuse de l’état de guerre et d’exception ; leurs morts ne s’expliquent que par l’impératif insatiable du profit, absous par leur mépris aristocratique pour les Untermenschen de couleur noire. Dans la Russie des difficultés que l’on sait, Nota Bene se caresse avec le chiffre, de bout en bout erroné, de « 10% de détenus morts en moyenne de froid et d’épuisement » au goulag. Les études les plus avancées, dont le vidéaste-philistin ou ses sources ont eu près de 30 ans pour prendre connaissance, établissent en réalité un taux de mortalité de 2 à 3%, soit tout de même une variation du simple au quadruple… (46) Mais peut-être faut-il, pour faire réellement justice à la Russie de Staline, lui trouver un point de comparaison qui se rapprocherait des épreuves qu’elle subissait alors. Prenons la France de 1942, celle qui, pillée par un occupant étranger, commençait seulement à envisager ce que vivait depuis 1917 le peuple soviétique. En temps de pénurie, ce furent près de 50% des relégués qui, dans le bagne guyanais, moururent des privations (la pire période du goulag soviétique, en 1942-43, rapporte le décès d’environ un quart de sa population totale) (47). Imposons-nous toutefois l’honnêteté, et, aux effets rhétoriques des récits grand public, préférons l’explication historique. En Guyane française pas plus que dans les camps soviétiques, la surmortalité ne répondit d’aucune politique volontaire d’extermination : elle était conséquence des privations imposées par une guerre qui a toujours relégué en fin de file les populations carcérales.

Cette situation de guerre impose dans tous les pays des mesures d’exception. L’indulgent « totalitarisme » n’y est pour rien. Si Nota Bene fait grand cas des populations allemandes et finlandaises déplacées de force de l’arrière-front par l’administration soviétique, on sait moins que les États-Unis, à la même époque, procédaient rigoureusement de même. Quand bien même sa situation géostratégique ne présenta jamais l’apparence de catastrophe dans laquelle vécut l’URSS de 1917 à 1943, l’État américain, à partir de 1942, ordonna l’internement forcé, en camps de concentration, de près de 120 000 individus, citoyens américains d’origine japonaise ou ressortissants japonais. Ils y passèrent les années de guerre dans les conditions les plus spartiates. Dans le camp de Tule Lake, les prisonniers travaillèrent à produire leurs propres cultures de subsistance (48). Bien entendu, Nota Bene n’expliquera pas plus le sens de ces mesures qu’il ne le fit de celui des autres formes de répression politique ou de la collectivisation. Prenons à charge le travail qu’il dédaigne : en temps de guerre, le déplacement loin de sites stratégiques de certaines populations jugées dangereuses – pratique relativement ordinaire – est justifié par les états-majors comme une mesure de sûreté.

Profitons jusqu’au bout des enseignements de la comparaison au moment de tirer un bilan numérique des pratiques pénitentiaires respectives du socialisme de guerre et du capitalisme. Nota Bene espère encore une fois remporter la mise avec les « 2,5 millions de détenus » — toutes emphases dans la voix — de l’apogée, en 1953, du goulag soviétique. Toutes proportions gardées – la population soviétique s’établissait à 180 millions contre 330 millions d’Américains –, le chiffre équivaut dans des proportions beaucoup moins scandaleuses que ne le présente le discours apocalyptique sur l’Union soviétique à la population carcérale des États-Unis, développées et en paix – du moins métropolitaine –, de 2010 (49).

Le pas de côté historique a montré à quel point l’expérience carcérale et concentrationnaire soviétique ne relève d’aucune exceptionnalité. Comment s’expliquer alors que le goulag ait à tel point pénétré le sens commun occidental, au premier chef celui de notre précepteur numérique, manifestement ébranlé de ses propres délires ? Cette fascination, qui verse allégrement dans la psychose, tient bien plus à l’incessant matraquage infligé aux populations par la propagande anticommuniste depuis le 7 novembre 1917 qu’à une horreur historique réelle. Seulement, pour avoir un semblant de crédibilité, la thèse de l’exceptionnalité de la violence communiste doit pouvoir compter sur la dissimulation des crimes de la bourgeoisie et de son système. Des crimes qui, examinons-les sans aucune exhaustivité, sont bien trop formidables pour pouvoir être si facilement cachés.

Les famines du socialisme, celles du capitalisme

Nota Bene, adepte du terrorisme des chiffres inexpliqués, assoit sa démonstration sur un enchaînement de comptes morbides. La première place revient logiquement à la famine soviétique de 1931-1934, dont le cheminement « historiographique » éclaire : d’abord commuée en munition propagandiste par les fascistes allemands et leurs affidés ukrainiens, elle est devenue scapulaire de l’historiographie financée d’Harvard et de Princeton. Nota Bene aura eu la prudence de ne pas lui accoler l’adjectif « génocidaire ». Celui-là a longtemps extasié ceux qui y espéraient le moyen de parfaire l’analogie entre le fascisme hitlérien et le socialisme soviétique ; mais même les commis universitaires de la bourgeoisie occidentale le savent de moins en moins tenable. Ne désespérons pas, Nota Bene se rattrape. Quelques secondes de parole lui suffisent à condenser une masse véritablement impressionnante de mensonges. L’honnête ouvrier de la croisade antisoviétique y est bien forcé. Ces arrangements avec la vérité sont les seuls moyens d’arguer la thèse de l’exceptionnalité.

Premier scandale : on apprendra que « la famine de 1931-1934 », docile, aurait été « causée par la collectivisation » ordonnée par Staline – collectivisation dont nous avons déjà montré à quel point elle était loin de la facétie stalinienne. L’affirmation relève tranquillement du mensonge. En réalité, la famine naquit, d’une manière somme toute classique, d’un épisode climatique particulièrement rude qui entraîna une chute des rendements agricoles en Ukraine comme dans d’autres espaces de l’Union (Volga, Caucase du Nord, Asie centrale). La collectivisation, malgré toutes ses difficultés momentanées – on a vu à quel point elle dut être hâtée par l’urgence –, se révèlera justement être, à terme, selon le plus grand spécialiste de la question, l’apport productif qui permettra de rompre le cycle russe, pluriséculaire, des famines. Malheureusement, la démonstration n’empêchera sans doute pas les fantasmes de l’idéologie bourgeoise — « le socialisme, c’est les pénuries et la famine » —, quand bien même ce furent justement ces nouvelles manières d’organiser la production, la collectivisation agricole comme préalable, qui firent passer la Russie arriérée de la charrue à l’arme atomique (50). Pour user une nouvelle fois de la comparaison raisonnée, rappelons par exemple que l’empire ottoman, dont l’arriération technologique et économique était sensiblement comparable à celle de la Russie de 1917, n’aura, sur la période et malgré ses réformes politiques, pas avancé d’un pouce.

Parmi ceux qui continuent de manier l’histoire soviétique comme une matraque, l’Ukraine de 1931-1934 a encore retenu une attention particulière. Dans la République Soviétique Socialiste d’Ukraine se jouait depuis plusieurs années la résistance des koulaks, une moyenne et grande paysannerie socialement très identifiée malgré toutes les ironies de Nota Bene. Informés par ce précédent, les dirigeants soviétiques, face aux faibles rentrées agricoles de 1932, soupçonnent d’abord certaines des couches paysannes hostiles à la collectivisation de retenir à dessein leur production. À ce moment se séparent la fable génocidaire, élaborée par les nationalistes-fascistes ukrainiens et recueillie sous des formes écrémées par Nota Bene, et la vérité historique. Contrairement à ce que ce dernier et les nazis de Kiev laissent entendre, la direction soviétique, dès qu’elle eut conscience de son erreur, prit sur elle d’alléger le fardeau des demandes placées sur la production agricole ukrainienne. Les autorités ont subséquemment stoppé l’exportation des grains et ont entrepris de rééquilibrer la distribution des denrées frumentaires entre les différentes régions d’URSS (51).

Non satisfait d’avoir une énième fois falsifié le fait historique, Nota Bene se sent encore le devoir de mentir sur le chiffre des victimes réelles de cette famine qui, rappelons-le, fut de cause environnementale et affecta tout le territoire soviétique. Reprenant les affabulations avancées en 1934 par le magnat de presse et propagandiste associé du Reich William Randolph Hearst, Nota Bene assène le chiffre mirobolant de « 6 à 7 millions de morts ». Seulement, depuis 80 ans, les historiens ont travaillé : les spécialistes les mieux renseignés avancent, en accord avec les estimations antérieures d’historiens russes, le chiffre d’environ 3 millions de mort pour toutes les régions affectées (52). On ne sait si Nota Bene se sentira honteux de réactiver, avec l’Holodomor et ses raisons inventées, un récit de propagande élaboré et popularisé par les départements de Joseph Goebbels. On le lui souhaite.

Mais n’arrêtons pas là notre effort pédagogique. Maintenant que la vérité a été rétablie sur l’histoire soviétique, appliquons les mêmes exigences à celle du monde capitaliste, celui des travailleurs asservis et des colonies. Dans son pré-carré tropical, celui-ci se révèle en fait responsable de famines équivalentes et ô combien moins excusables. Prenons l’Inde, où les Britanniques ont fait démonstration exemplaire de l’engagement du capitalisme-impérialisme à satisfaire les besoins élémentaires de ses administrés. Après déjà plusieurs décennies de « civilisation » derrière eux, les territoires indiens connaissent encore dans les années 1860 des disettes récurrentes. Mais sous gouvernement occidental, les choses peuvent toujours empirer. En 1876-1878, une terrible famine emporte 4 millions d’Indiens, à peu près aussi considérés par l’administration britannique que ne le seront les slaves par les nazis. Quinze ans plus tard, de 1896 à 1900, ce sont encore 5 millions d’habitants qui, une nouvelle fois, périssent de la faim dans la présidence de Bombay et les Provinces centrales (53).

Au jeu de l’arithmétique macabre, les soviétiques sont déjà battus à plate couture, d’autant plus que la Grande Bretagne de la fin du XIXᵉ siècle présente un niveau de développement économique incomparablement supérieur à celui de la Russie des années 1920 et 1930. Surtout, elle vit dans le cours normal de la paix, dans une situation sur laquelle ne pèse aucune autre urgence que l’abattement des profits des monopoles qui exploitent la richesse indienne. Les premières famines indiennes du XIXᵉ siècle doivent entièrement à la pauvreté, à l’exploitation extrême du monde paysan, incapable de se constituer les fonds de protection qui pourraient pallier la hausse des prix vivriers lors d’évènements climatiques extrêmes. Puis, à mesure que le système capitaliste-colonial se développe, s’aggravent les contradictions économiques. Dans les années 1890, les terres indiennes ont dans leur majorité été réaffectées à la production de denrées d’exportation les plus profitables au vampire impérial (opium, thé, coton, etc.). Alors que 5 millions de ses paysans meurent de faim, l’Inde est exportatrice nette de riz ! (54)

Mettons la gestion capitaliste en rapport avec le système socialiste. Dans l’URSS éprouvée et assaillie des années 1930, la collectivisation n’a pas pour fin dernière de renflouer les actionnaires de la place londonienne ; il ne lui faut « qu' » assurer la simple subsistance nationale et, autant que possible, permettre de financer une industrialisation express imposée par la menace contre-révolutionnaire. En définitive, ces transformations achevées sur un peu moins de deux décennies, c’est la nouvelle manière, socialiste, d’organiser la production qui la première permettra, ainsi qu’elle le fera à terme en Chine populaire, de rompre le cycle pluriséculaire des famines rurales.

Mais l’Union soviétique des années 1930 et de ses déboires est capable de mieux encore soutenir la comparaison avec la Grande Bretagne libérale. Nous savons les conditions d’urgence auxquelles fut astreinte l’URSS sur trois décennies. La Seconde Guerre mondiale permet d’examiner comment réagit, confrontée à une situation analogue, la bourgeoisie britannique. En 1943, encore que son territoire métropolitain ne subisse pas toutes les destructions au sol de la Wehrmacht, toutes les ressources de l’État britannique et de ses dépendances impériales sont affectées à l’effort de guerre. Le Raj indien en assume une part accablante : il envoie ses soldats coloniaux, offre ses revenus d’export au financement des armées. Lorsqu’un cyclone ravage, à la manière des aléas climatiques russes de 1931, le territoire indien, les paysans, qui tiennent déjà à la limite de la subsistance, rencontrent une nouvelle fois la catastrophe : 3 millions d’entre eux, en une année, mourront de la famine.

Il apparaît pourtant que l’administration coloniale avait à sa disposition les ressources, les surplus nécessaires pour, si elle en avait fait le choix, combler les demandes des communautés affamées. C’est là que s’impose le tragique de l’histoire, celui que Nota Bene, en médiocre narrateur, s’efforce de dissimuler lorsqu’il falsifie les difficultés du socialisme soviétique. En 1943, alors placée sous la menace très réelle d’une invasion-occupation du territoire indien par les forces japonaises, l’administration britannique, il est vrai aidée aussi par le dédain racial de Churchill et du reste de sa classe dirigeante pour le peuple colonial, prit la décision consciente de maintenir toutes ces ressources limitées à l’effort de guerre, s’épargnant peut-être une occupation qui aurait été plus épouvantable encore. Aussi terrible soit-elle, l’histoire est toujours rationnelle (55).

On gagera cependant que la plupart des spectateurs n’auront rien su de ces évènements tragiques, lorsqu’ils se produisent du côté « libre » du rideau de fer : c’est la magie, dans nos sociétés démocratiques, de la mémoire historique. Élaborée par une intelligentsia servile et gardée par des benêts bien notés.

L’usage de la répression en régime bourgeois

Évidemment, on ne trouve dans la vidéo de Nota Bene aucune mise en perspective du traitement des criminels soviétiques avec le traitement que subissent les criminels dans les régimes bourgeois. Nota Bene reproche-t-il à l’État français d’avoir mené au sortir de la guerre une épuration à l’encontre des collaborateurs et des fascistes ? Ainsi a procédé le pouvoir soviétique après la guerre, il est vrai de façon bien plus systématique qu’en France, où cette épuration fut très limitée. Contrairement à ce que prétendent Benjamin Brillaud et son affidé, l’État soviétique n’a pas condamné une partie de ses prisonniers revenus à partir de 1944 pour simple motif de désertion. Sur les 1,53 millions de prisonniers de guerre soviétiques revenus en URSS entre octobre 1944 et mars 1945, seuls 250 000 (environ 15%) furent remis au NKVD. Une grande partie d’entre eux s’étaient engagés dans la police ou l’armée ennemie après leur captivité. Les autres furent soit démobilisés, soit réintégrés à l’armée s’ils étaient toujours en âge de servir (56). En dépit du ton ironique de Nota Bene sur la question, des dizaines de milliers de soviétiques ont collaboré, et ils n’étaient pas tous sous la contrainte. Parmi les plus illustres collaborateurs figurent les nationalistes ukrainiens de l’OUN, alliés de longue date des Nazis. Leur condamnation par la justice soviétique était parfaitement justifiée, au même titre que la condamnation des collaborateurs français.

Dans l’URSS post-stalinienne, le goulag reste un « outil de répression », c’est un système pénitencier, bien que Nota Bene persiste à utiliser le terme mensonger de « camp de concentration ». À la même période, les États-Unis d’Amérique font également usage de leurs prisons à des fins de répression politique : rouges, militants pour l’émancipation des noirs, militants anti-impérialistes en sont victimes (57), mais comme ces gens furent détenus dans des « prisons » et non dans des « camps », leur cas intéresse forcément moins les vidéastes plus intéressés par le sensationnalisme que par la vérité. Une fois que la catégorie mensongère de « camp de concentration » a été plaquée sur goulag, il est facile d’en faire la « plus grande entreprise concentrationnaire de l’histoire » avec « au moins 28 millions de personnes passées au goulag de 1930 à 1952 », un chiffre sans doute pioché dans les élucubrations datées de Soljenitsyne, puisque les historiens sérieux comme Nicolas Werth (Le cimetière de l’espérance) évoquent aujourd’hui 15 millions de prisonniers sur toute la période soviétique (58). On peut penser que c’est déjà trop, mais rappelons que les chiffres d’incarcération au goulag peuvent être comparés à ceux des prisons américaines, comme cela a déjà été fait plus haut. Si l’on peut faire un reproche au goulag, c’est bien de n’avoir que trop ressemblé aux entreprises pénitentiaires des régimes bourgeois déjà évoquées.

La complaisance de la gauche envers le nazisme

Beaucoup d’autres comme Nota Bene, chantres de la gauche et de la démocratie, font preuve d’une grande complaisance vis-à-vis du nazisme, voire même d’un soutien direct. Cette complaisance passe d’abord par une justification. Quand on rentre dans le musée de l’Occupation, à Riga, on est accueilli par deux portraits géants de Hitler et de Staline. Le discours officiel de la Lettonie « indépendante » glorifie en revanche les Frères de la Forêt, renommés « résistants ». Qu’importe si certains d’entre eux ont un « passé trouble », s’ils ont brûlé deux ou trois fermes et abattu quelques dizaines de juifs — ce sont de braves gars ! La réponse du libéral, grand prince, face à l’indignation de notre esprit étriqué est de dire : « la question ici n’est pas d’adhérer ou non à cette lecture de l’histoire, mais de comprendre qu’elle est » (59). Tous les avis se valent, toutes les mémoires sont légitimes. Collaborateur, résistant : tout est une question de point de vue. Ce discours a trois fonctions politiques. La première est de disqualifier la résistance et la dénazification. La seconde est de lutter contre la mémoire communiste. La troisième, plus pernicieuse, est de faire le lit du nazisme.

Il y a peu de temps, en mars 2022, les réactionnaires ont pu déposer des fleurs en l’honneur des légionnaires SS lettons. Le Comité antinazi letton a été de son côté interdit de manifester sous prétexte d’être soutenu par Moscou. En Ukraine, la situation est pire encore. Le gouvernement a adopté en 2015 un texte faisant de l’expression de convictions communistes une infraction pénale en plus d’armer les milices nazies Azov, Donbass, Sich et autres joyeux brûleurs de Russes et de communistes. La gauche française ne réagit pas au fait que ces barbares soient armés par son propre gouvernement. Elle est trop occupée à faire barrage à la mère Le Pen.

Hier comme aujourd’hui, les nazis comptent sur les petits idiots utiles comme Nota Bene pour rendre socialement acceptable le soutien du camp du bien à leur cause — le fait que les libéraux se pincent le nez en leur filant des armes ne change rien à l’affaire — et à leur donner un argument de poids pour contrer le bolchévisme.

Auteurs : Aurore B., Martin M., Oleg R. et Marius P.



Notes et références :

(1) Keith Lowe, « La résistance des "Frères de la Forêt" », Tempus, 2015, p. 533‑560. Même cet auteur, qui a des sympathies pour ces « résistants », est obligé d’admettre à demi-mot que ce sont d’anciens collaborateurs de l’occupant allemand terrorisant la population locale.
(2) Nicolas Werth, Le Cimetière de l’espérance, Paris, 2019, Perrin, cité par Aymeric Monville, Et Pour quelques bobards de plus. Contre-enquête sur Staline et l’Union soviétique, Paris, Éditions Delga, 2020, p. 11
(3) Getty, Rittersporn, Zemskov, « Les victimes de la répression pénale dans l’URSS d’avant-guerre. Une première enquête à partir du témoignage des archives », Revue des études slaves, Vol. 65, No. 4, p. 659
(4) Arno J. Mayer, The Furies. Violence and Terror in the French and Russian Revolutions, Princeton, Princeton University Press, 2000, p. 236-237
(5) Arno J. Mayer, The Furies. Violence and Terror in the French and Russian Revolutions, Princeton, Princeton University Press, 2000, p. 240
(6) Michel Heller, Histoire de la Russie et de son Empire, trad. Anne Coldefy-Faucard, Perrin, 2015, La Révolution d’en haut
(7) Date du calendrier julien, alors en vigueur dans l’empire russe.
(8) Nicolas Werth, Histoire de l’Union soviétique, PUF, 2001, p. 91
(9) Ibid, p. 50
(10) Nicolas Werth, La terreur et le désarroi. Staline et son système, Perrin, 2007, p. 28-29 et p.41-42
(11) Winston Churchill, cité dans Jean Jacques Marie, La Guerre civile russe, 1917-1922, Paris, Autrement, 2005, p. 7
(12) Jean Jacques Marie, La Guerre civile russe, 1917-1922, Paris, Autrement, 2005, p. 7
(13) Arno J. Mayer, The Furies. Violence and Terror in the French and Russian Revolutions, Princeton, Princeton University Press, 2000, p. 311
(14) Arno J. Mayer, The Furies. Violence and Terror in the French and Russian Revolutions, Princeton, Princeton University Press, 2000, p. 312
(15) Arno J. Mayer, The Furies. Violence and Terror in the French and Russian Revolutions, Princeton, Princeton University Press, 2000, p. 311
(16) Oleg Budnitskii, Russian Jews Between the Reds and the Whites, 1917-1920, University of Pennsylvania Press, 2012, p. 174
(17) Zvi Gitelman, A Century of Ambivalence: The Jews of Russia and the Soviet Union, 1881 to the Present, Indian University Press, 2001, p. 70
(18) Oleg Budnitskii, Russian Jews Between the Reds and the Whites, 1917-1920, University of Pennsylvania Press, 2012, p. 218. Sur l’accointance historique entre anticommunisme et antisémitisme, cf. Jean-Jacques Marie, « En Ukraine, des pogroms dont l’Occident se lavait les mains », Le Monde Diplomatique, décembre 2019
(19) [9] Jean Jacques Marie, La Guerre civile russe, 1917-1922, Paris, Autrement, 2005, p. 231
(20) Arno J. Mayer, The Furies. Violence and Terror in the French and Russian Revolutions, Princeton, Princeton University Press, 2000, p. 630-631
(21) Robert William Davies, The Soviet Economy in Turmoil, 1929-1930, London, MacMillan, 1989, p. 443-447
(22) Michael J. Carley, 1939 : L’Alliance de la dernière chance. Une réinterprétation des origines de la Seconde Guerre mondiale, Presses Universitaires de Montréal, 2002 (Aussi lire avec profits Annie Lacroix-Riz, Le Choix de la défaite, Paris, Armand Colin, 2e ed., 2010)
(23) Cf. Grover Furr, Les « Amalgames » de Trotsky, Paris, Éditions Delga, 2016 et Daniele Burgio, Massimo Leoni, Roberto Sidoli, Le Vol de Piatakov, Paris, Éditions Delga, 2021. L’honnêteté de Pierre Broué, historien trotskyste, le force également à admettre la véracité des preuves, cf. Trotsky, Fayard, 1988, chap. 48
(24) Nicolas Werth, Histoire de l’URSS, Paris, Que-sais-je ?, 2020, p. 196 et 205
(25) Nicolas Werth, Histoire de l’URSS, Paris, Que-sais-je ?, 2020, p. 204
(26) Nicolas Werth, Histoire de l’URSS, Paris, Que-sais-je ?, 2020, p. 196 et 205
(27) Nicolas Werth, Histoire de l’URSS, Paris, Que-sais-je ?, 2020, p. 196, 197 et 203
(28) Nicolas Werth, Histoire de l’URSS, Paris, Que-sais-je ?, 2020, p. 212
(29) Nicolas Werth, Histoire de l’URSS, Paris, Que-sais-je ?, 2020, p. 214
(30) Nicolas Werth, Histoire de l’URSS, Paris, Que-sais-je ?, 2020, p. 213 et 214
(31) Arno J. Mayer, The Furies. Violence and Terror in the French and Russian Revolutions, Princeton, Princeton University Press, 2000, p. 680
(32) Domenico Losurdo, Staline. Histoire et critique d’une légende noire, Bruxelles, Les Éditions Aden, 2011, p. 198
(33) Geoffrey Roberts, Les Guerres de Staline. De la Guerre mondiale à la Guerre froide, 1939-1953, Paris, Editions Delga, 2015, p. 387
(34) Geoffrey Roberts, Les Guerres de Staline. De la Guerre mondiale à la Guerre froide, 1939-1953, Paris, Editions Delga, 2015, p. 388-389
(35) Geoffrey Roberts, Les Guerres de Staline. De la Guerre mondiale à la Guerre froide, 1939-1953, Paris, Editions Delga, 2015, 401. (Sur les sympathies fascistes convaincues de Winston Churchill)
(36) Geoffrey Roberts, Les Guerres de Staline. De la Guerre mondiale à la Guerre froide, 1939-1953, Paris, Editions Delga, 2015, p. 401 (les citations sont de G. Roberts)
(37) Geoffrey Roberts, Les Guerres de Staline. De la Guerre mondiale à la Guerre froide, 1939-1953, Paris, Editions Delga, 2015, p. 401
(38) Arno J. Mayer, The Furies. Violence and Terror in the French and Russian Revolutions, Princeton, Princeton University Press, 2000, p. 239
(39) Jacques Ellul, « 2 - La dictature sur le prolétariat en URSS », Empreintes, 1982, paragr. 55
(40) Léo Becka, « Bagne et balata. La mise en économie d’une gomme tropicale en Guyane française (1890-1932) », Revue d’histoire du XIXe siècle, 30 août 2021, vol. 62, no 1, p. 189‑205
(41) Viktor N. Zemskov, « Политичeckиe peпpeccии в CCCP (1917-1990 гг.) », PoccuЯ XXI, 1-2, 1994
(42) Nicolas Werth, Le Cimetière de l’espérance, Perrin, 2019, p. 283
(43) Aymeric Monville, Et Pour quelques bobards de plus. Contre-enquête sur Staline et l’Union soviétique, Paris, Éditions Delga, 2020, p. 16
(44) Jean-Lucien Sanchez, À perpétuité. Relégués au bagne de Guyane, Paris, Vendémiaire, p. 15, cité par Jean-Lucien Sanchez, « L’abolition de la relégation en Guyane française (1938-1953) », Criminocorpus. Revue d’Histoire de la justice, des quinetcrimes et des peines, 26 mai 2014, no 4, p. 1
(45) Douglas A. Blackmon, Slavery by Another Name. The Re-Enslavement of Black Americans from the Civil War to World War II, Doubleday, 2008, p. 57
(46) Viktor N. Zemskov, « Политичeckиe peпpeccии в CCCP (1917-1990 гг.) », PoccuЯ XXI, 1-2, 1994
(47) Christèle Dedebant, « Les dernières années du bagne de Guyane », Géo, 21 mars 2019
(48) Karl Lillquist, Imprisoned in the Desert: The Geography of World War II- Ear, Japanese American Relocation Centers in the Western United States, Central Washington University, 2007
(49) Aymeric Monville, Et Pour quelques bobards de plus. Contre-enquête sur Staline et l’Union soviétique, Paris, Éditions Delga, 2020, p. 16
(50) Mark Tauger, « Stalin, Soviet culture and collectivisation », in Food and Conflict in Europe in the Age of the Two World Wars, Palgrave Macmillan, 2006
(51) Mark Tauger, Famine et transformation agricole en URSS, Paris, Éditions Delga, 2017
(52) R. W. Davies, Stephen G. Wheatcroft, The Years of Hunger: Soviet Agriculture, 1931-1933, Palgrave Macmillan, 2004
(53) Marie Fourcade, « Les Britanniques en Inde (1858-1947) ou le règne du « cyniquement correct » », in Le Livre noir du colonialisme, Robert Laffont, 2003, p. 313
(54) Marie Fourcade, « Les Britanniques en Inde (1858-1947) ou le règne du « cyniquement correct » », in in Le Livre noir du colonialisme, Robert Laffont, 2003, p. 314
(55) Madushree Mukerjee, Churchill’s Secret War. The British Empire and the Ravaging of India during World War II, New York, Basic Books, 2010
(56) Viktor N. Zemskov, « О масштабах политических репрессий в СССР », Politpros, No.1, Vol.66, 2012
(57) cf. Coll., Petite contribution au Livre noir de l’anticommunisme, Éditions Delga, 2017
(58) Cité par Aymeric Monville, Et pour quelques bobards de plus, Contre-enquête sur Staline et l’Union Soviétique, Éditions Delga, Paris, 2020, p. 11
(59) Propos de Céline Bayou, « Entendu et lu », “Le Courrier des pays de l’Est”, 2003, vol. 1039, no 9, p. 78‑83
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