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Classes sociales

Les revenus ne permettent pas de définir les classes sociales

L’emploi du mot classe sociale est aujourd’hui très éloigné du sens que Marx lui avait donné. Alors qu’il s’agit d’un positionnement objectif dans les rapports de production-consommation, les classes sociales sont maintenant définies selon le revenu. Cette déviation conduit à une impasse théorique.

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Monnaie (Kschneider2991 / Pixabay)
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Par Bastien C.
Lecture 6 min

Aujourd’hui la classification sociale des individus est généralement opérée en fonction des revenus que touchent ces individus. Cette conception positiviste des classes sociales aboutit à reconnaitre les classes pauvres ou populaires, la classe moyenne, la classe aisée (souvent appelé classe moyenne supérieure) et enfin la classe des ultra riches pour les 1% des plus hauts revenus (1).

Mais cette classification nous permet-elle réellement de comprendre ce qui fait l’unité d’une classe sociale, son rôle objectif au niveau social et politique, et d’en tirer ainsi des stratégies politiques ?

La multiplication des classes sociales perd le contenu de ce concept

D’abord si une classe sociale se caractérise par une tranche de revenu, comment définir les seuils d'appartenance ? Par exemple, si on lie le revenu au niveau de vie, le même revenu permet-il le même niveau de vie à Paris et dans la Creuse ?

La réponse est bien entendu non car le prix du logement, de la nourriture et de la vie en général est plus élevé dans les grandes villes. Par exemple si un SMIC peut tout à faire "suffire" dans une ville de moins de 10.000 habitants, cela permettra à peine de payer son loyer dans une ville comme Paris.

Ainsi, deux conceptions possibles :

1) Soit une classe sociale définit un certain niveau de vie selon le revenu, et doit être définie en fonction du prix de la vie sur un territoire donné.
Dans cette conception, un médecin pourrait être une classe moyenne à Paris et une classe aisée en province tout en occupant le même statut social, en exerçant le même travail concret, et en touchant les mêmes revenus.

2) Soit l'on ne prend en compte que les revenus en omettant le niveau de vie, mais nous n'avons dans cette conception qu'une simple mesure qui ne contient rien de réel. On perd alors la pierre de touche (2) de toute analyse à partir de la classe sociale.

Nous voyons que ces deux conceptions sont dans une impasse théorique puisque soit 1) l'on perd l'universalité de la classe sociale, soit 2) l'on conserve son universalité mais en la privant de son contenu.

Les revenus ne conditionnent pas les intérêts objectifs

Admettons maintenant que l'on puisse conserver l'universalité d'une classe sociale et son contenu en la définissant selon les revenus.

En gardant une classification strictement basée sur les revenus nous pourrons retrouver au sein d'une même classe sociale, notamment dans "les classes populaires" et "la classe moyenne", des individus ayant des statuts sociaux diamétralement opposés.

Prenons l'exemple des classes aisées. Un patron de TPE gagne en moyenne 4200 euros/mois en France (3). Pour ce niveau de revenu nous pourrons par exemple retrouver un cadre salarié du secteur privé. Les deux appartiendront donc à la même classe sociale et, toute chose égale par ailleurs, auront le même niveau de vie.

Cela signifie-t-il pour autant qu’ils ont les mêmes intérêts du simple fait d'avoir un revenu identique ou équivalent ?

Il est évident que non car d’une part le patron aura des intérêts liés à son statut de propriétaire privé d'entreprise (moins de cotisations sociales, salaires peu élevés, exploiter au maximum le travail de ses salariés, pouvoir licencier si nécessaire, etc.) et de l’autre le cadre supérieur, en tant qu’employé, aura intérêt à avoir le meilleur salaire possible tout en ayant un temps de travail le plus réduit possible ainsi qu’une garantie sur la sécurité de cet emploi.

Nous voyons ici que des individus ayant un même revenu peuvent non seulement avoir des intérêts matériels différents, mais même être en opposition totale.

Conséquences théoriques

Comme nous l'avons vu, en définissant la classe sociale par le revenu nous ne pouvons avoir l'universalité du concept et son contenu. Mais même en l'admettant, ce contenu ne permet pas de rendre compte des intérêts réels des membres d'une classe sociale.

Nous voyons donc que cette compréhension positiviste des classes sociales est inopérante car la seule chose que l'on obtient c'est une mesure de la répartition des revenus. Il est impossible d'en tirer une quelconque analyse politique puisque les intérêts matériels pouvant différer au sein d'une même classe sociale, il n'y aura plus de fondement objectif au comportement social et politique d'une population donnée. Et même si nous observions un comportement homogène, ce qui est une pure hypothèse, nous ne pourrions pas comprendre les raisons de ce comportement puisqu'il est tout à fait possible de faire la même chose pour des raisons différentes.

Conclusion

Pour retrouver l'effectivité du concept de classe sociale il nous faut retrouver le sens que Marx lui avait donné, à savoir un positionnement objectif dans les rapports de production (c'est-à-dire du rapport à la propriété des moyens de production). Cependant la dynamique propre du capital nous permet aujourd'hui, suite aux analyses de Michel Clouscard (4) d'intégrer la relation production-consommation pour que le concept de classe de sociale soit pleinement efficient.


les classes sociales, le prolétariat, la bourgeoisie marxisme
Pour aller plus loin, découvrez dans cette vidéo comment définir les classes sociales par leur positionnement objectif dans les rapports de production et dans leur relation production-consommation.
Découvrir

(1) Pour connaître les tranches de revenus correspondantes, voir Les classes sociales selon le revenu
(2) Pierre de touche (expression) : ce qui sert à reconnaître la valeur ; critère de référence ; étalon.
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